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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 14:47

 

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Afin d’éviter les écueils rencontrés lors de la délimitation du Schlossberg qui fut réalisée postérieurement à la parution du décret de 1975, l’INAO nomme début 1980 une commission d’enquête. Son rôle est d’examiner, d’instruire sur le terrain et de rédiger un rapport à l’attention du Comité National de l’INAO afin de préciser ce que doit être l’Appellation d’Origine Contrôlée Alsace Grand Cru. D’autre part, cette commission est chargée d’étudier les dossiers qui lui seront soumis par les syndicats viticoles pour l’accession au classement en Grand Cru de leurs terroirs. Le décret ne sera publié qu’ultérieurement une fois les délimitations effectuées par une seconde commission dite de délimitation. La commission d’enquête est présidée par Monsieur DUCELLIER, Président du négoce Champenois. Elle se compose de Messieurs CHIRON, Président des producteurs du Muscadet, ROUZAUD et COSTES, représentants du négoce Bordelais. Comme il est d’usage aucun membre de la région demanderesse ne fait partie de la commission.

 

Jeune ingénieur tout juste nommé à la direction régionale de l’INAO de Colmar le 17 mars 1980, Jean-Louis VEZIEN ne dispose que de quinze jours de formation à Paris et à Villefranche-sur-Saône avant d’accueillir la commission dite DUCELLIER du nom de son président.

 

Immédiatement la commission d’enquête met en évidence l’anomalie qui était apparue lors des travaux de délimitation du Schlossberg, en faisant remarquer qu’il n’était pas normal d’avoir fait le distinguo entre le Grand Cru anonyme largement délimité et le Grand Cru lieu-dit trop restrictif.

 

Sa position est tout d’abord de définir ce qu’est un Grand Cru. S’appuyant sur le fait qu’un cru est un lieu-dit qui, s’il est qualifié de grand, possède nécessairement une notoriété et donc un nom, la commission exclut d’emblée la notion de Grand Cru anonyme. Cependant, la décision a été prise de ne pas s’en tenir aux lieux-dits cadastrés, mais d’accepter le principe d’une délimitation confiée à des experts en mesure de dire que si l’on a une notoriété établie à partir d’un lieu-dit cadastré, l’usage peut autoriser que le nom de ce lieu-dit soit applicable à une zone plus étendue si toutefois on respecte les conditions établies par la commission.

 

Il sera nécessaire de tenir compte du facteur géologique discriminant pour éviter qu’un lieu-dit ne soit complètement hétérogène au niveau de son sol.

 

Il faudra également que l’on considère l’homogénéité climatique du lieu même si l’on sait qu’il n’en existe pas obligatoirement une entre les bas et les hauts de coteaux.

 

En ce qui concerne les expositions, on éliminera celles qui tournent trop vers l’Ouest et on privilégiera les expositions Est, Sud-est et Sud.

 

La commission DUCELLIER s’est également retrouvée confrontée au problème des homonymies. Dans le cas des nombreux Altenberg et Kirchberg, il a été décidé d’adjoindre le nom des communes afin de les différencier. Il y avait également deux Eichberg, celui d’Eguisheim et celui de Turkheim que la Maison DOPFF et aussi quelques autres avaient pour habitude de commercialiser sous le nom d’Eichberg de Turkheim. Dans ce cas, la commission a élargi la délimitation du Brand en réunissant les deux lieux-dits qui possédaient en commun l’unité géologique et l’exposition pour ne faire qu’un seul Grand Cru appelé Brand. Dans le cas des deux Schlossberg, il a été décidé d’adjoindre Wineck, du nom du château de Katzenthal ce qui a donné Wineck-Schlossberg pour le différencier de celui de Kientzheim.

 

Il y eu également débat sur les cépages car le décret de 1975 avait décidé de ne retenir que le Riesling, le Gewurztraminer, le Pinot Gris et le Muscat. Cependant il y avait des demandes particulières comme celles du Zotzenberg qui souhaitait pouvoir disposer du Sylvaner ou encore du Sonnenglanz qui demandait le Pinot Blanc. Confrontée à ces demandes d’exception, la commission n’a pas souhaité répondre favorablement afin de ne pas briser dans l’œuf la dynamique de la nouvelle AOC. D’autre part, elle avait évoqué la nécessité de trouver la meilleure adéquation entre les terroirs et les cépages et de ce fait, que chaque Grand Cru se spécialise sur un cépage. Cette option ne fût cependant ni retenue ni imposée car à l’époque il y avait très peu de Muscat et de Pinot Gris sur les terroirs considérés et la commission craignait que ce choix cornélien n’entraîne la disparition de fait de ces deux cépages.

 

En résumé, la commission refusait l’exception, laissait le choix entre les 4 cépages tout en souhaitant à terme une spécialisation qui permette de gagner en lisibilité et aussi en puissance en disposant d’un volume significatif issu d’une adéquation entre le cépage et le terroir car à l’époque il n’était alors pas question d’assemblage.

 

La commission Ducellier a finalement retenu 24 dossiers en examinant les aspects historiques, les usages commerciaux et la qualité des vins. Les quelques dossiers refusés l’on été la plupart du temps pour insuffisance d’usages.

 

A l’issue des travaux de la commission d’étude il a ensuite été nommée une commission de délimitation dans laquelle l’INAO a souhaité que siègent des membres extérieurs à la région afin d’éviter les discussions sans fin qui avaient eu lieu lors de la délimitation du Schlossberg cinq ans auparavant.

 

Présidée par Fernand ORTLIEB, la commission de délimitation est composée de deux experts extérieurs, Noël LENEUF, professeur de géologie à l’Université de Dijon, et Michel FEUILLAT, professeur d’œnologie dans la même université. Les membres régionaux sont Bruno SORG, François MUHLBERGER, Charles KUEHN, ancien professeur du Lycée agricole de Barr et Jean-Paul RITZENTHALER qui a ensuite pris la succession de Fernand ORTLIEB quand celui-ci se retira à la suite de problèmes de santé. Jean-Louis VEZIEN en qualité de Directeur régional de l’INAO assurait le secrétariat.

 

C’est à ce dernier que revient le travail préparatoire de délimitation. Son action est saluée par tous et particulièrement par François MUHLBERGER qui souligne volontiers l’excellence des travaux qui ont été menés par le secrétaire de la commission.

 

Jean-Louis VEZIEN déclare avec malice “ Une délimitation ce n’est pas de la science, c’est plutôt un art parce qu’il faut arriver à intégrer les facteurs naturels et les facteurs humains. Il faut savoir par exemple qu’il peut exister ici ou là des terroirs très moyens qui ont acquis une grande réputation alors qu’à l’inverse, certains grands terroirs qui n’ont pas été révélés par la main de l’homme sont restés inconnus“

 

Pour chacun des terroirs à délimiter la méthodologie sera la même. Dans un premier temps, Jean-Louis VEZIEN se déplace sur site pour y rencontrer le président du syndicat viticole local qui soumet ses propositions en termes de délimitation. Le projet est examiné, voire corrigé avant d’être remis à la commission de délimitation qui se déplace à son tour in situ, mais sans la présence d’aucun représentant du syndicat viticole local. Elle peut ainsi décider hors de toute pression si le dossier est acceptable ou s’il doit être modifié.

 

On constate cependant que peu de dossiers ont posé de réels problèmes de délimitation. Certains étaient d’une évidence parfaite, d’autres plus délicats, la difficulté principale résidant surtout à savoir quand arrêter la délimitation lorsque que l’on est en présence d’un coteau qui tourne de manière progressive en l’absence de toute marque particulière, sentier, rupture de pente ou talweg.

 

Bien entendu les délimitations sont toujours discutables, cependant elles ont été faites avec la logique qui est de dire que l’on allait pas atomiser le vignoble en 500 lieux-dits Grands Crus, mais plutôt respecter cette notion d’homogénéité pour aller vers l’idée d’unités cohérentes. Aussi quand l’on regarde ces délimitations, on remarque que c’est toujours le terrain qui a été le juge de paix car il y a des terroirs qui sont très grands et d’autres très petits.

 

Comme le veut la procédure INAO, les projets de délimitation ont ensuite été mis à l’enquête publique dans les mairies des communes concernées afin de permettre à ceux qui le souhaitaient de déposer réclamation. Une fois les requêtes examinées, refusées ou acceptées, l’INAO a déposé les projets définitifs.

 

Près de quatre ans après le début des travaux de la commission DUCELLIER, le décret du 23 novembre 1983 relatif à l’appellation d’origine contrôlée Alsace Grand Cru ajoute 24 lieux-dits Grand Cru au Schlossberg déjà consacré en 1975. La liste comprend maintenant les terroirs suivant : Altenberg de Bergbieten, Altenberg de Bergheim, Brand, Eichberg, Geisberg, Gloeckenberg, Goldert, Hatschbourg, Hengst, Kanzlerberg, Kastelberg, Kessler, Kirchberg de Barr, Kirchberg de Ribeauvillé, Kitterlé, Moenchberg, Ollwiller, Rangen, Rosacker, Saering, Schlossberg, Sommerberg, Sonnenglanz, Spiegel et Wiebelsberg.

 

Les conditions de production établies dans le décret de 1975 restent applicables tant en matière d’encépagement, d’enrichissement des moûts, de rendement que de contrôle avant la mise en marché et d’étiquetage.

 

En janvier 1984, un groupe de 18 vignerons fonde l’Association de Défense des Grands Crus d’Alsace dont Jean-Michel DEISS est le secrétaire et Léonard HUMBRECHT le Président. L’association se fixe comme objectif la délimitation de nouveaux lieux-dits ainsi que la promotion de l’image et de la notoriété de ces crus.

 

En novembre 1985, le Comité National de l’INAO donne un avis favorable à la reconnaissance en Appellation Alsace Grand Cru pour 22 nouveaux lieux-dits sur les 77 nouvelles propositions faites à la commission d’enquête. Dans l’attente de la parution du décret relatif à leur reconnaissance officielle et à leur délimitation, ces derniers, sous réserve de respect des règles de production de l’AOC Grand Cru, peuvent utiliser le nom du lieu-dit suivi de l’expression Grand Cru.

 

 

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Published by Oenophil - dans Chroniques
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