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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 19:01

Stein-copie-2.jpgDébut mars, le Stein sous la neige


Impeccablement organisée par Thomas BOECKEL, nouveau président du syndicat viticole et responsable de la gestion locale de Mittelbergheim, cette dégustation consacrée au Stein a permis de mesurer et d'apprécier les qualités, les particularités et la typicité d'un terroir qui pourrait légitimement prétendre à une classification en cru intermédiaire comme cela est prévu dans la législation viticole de l'AOC Alsace.

Adossé au versant Sud du village de Mittelbergheim, le Stein bénéficie d'une parfaite exposition. Posé sur un socle constitué de calcaire oolitique dur et stratifié, ce petit terroir de 3 hectares et 20 ares est  abrité des vents du Nord et sa faible altitude lui confère un caractère solaire indiscutable.

Six vignerons de Mittelbergheim revendiquent régulièrement, depuis 1991 pour le plus ancien, ce terroir  planté presque exclusivement de Riesling. Il s'agit des Domaines Boeckel, Gilg, Rietsch, Rohrer, Fernand Seltz et Wittmann.

Vingt trois vins ont été collectés auprès des vignerons ou tirés de l'Oenothèque du village qui rassemble les richesses inestimables du patrimoine culturel du village et dont l'exemple devrait inspirer les nombreuses gestions locales alsaciennes qui ne se sont pas encore données les moyens de mettre en valeur leur production.

La dégustation s'est déroulée antichronologiquement, en partant du millésime 2008 pour remonter au millésime 1991. Les vins étaient dégustés étiquettes découvertes, par millésime et par ordre alphabétique selon le nom des producteurs.

Sans entrer dans la decription analytique de chaque vin, cette dégustation m'a permis de tirer une conclusion en trois points :

Qualité des millésimes
:

Pas de surprise, seulement la confirmation de ce qui semble être maintenant une évidence, 2001 est un immense millésime par la qualité de son fruit et l'apport de sa structure minérale. 2005 confirme les attentes d'une année marquée par un botrytis remarquable qui a apporté beaucoup de complexité et de profondeur aux vins. 2008 bien qu'encore jeune peut prétendre à un grand avenir très tôt détecté en raison de la qualité de son acidité tartrique et de la profondeur de son expression moins immédiate et gourmande qu'en 2007 mais tellement plus passionnante.

Style et évolution du style des vignerons :

Il est intéressant de constater que jusqu'au début des années 2000 l'ensemble des vignerons vendangeaient les raisins à maturité sans rechercher de surmaturité. A compter du millésime 2005 on constate qu'en dehors de l'effet millésime les Domaines Rietsch et Boeckel ont fait le choix de récolter plus mûr sans pour cela rechercher des surmaturités excessives, leur objectif restant de vinifier en sec leur Riesling Stein.

André Rohrer qui apprécie beaucoup les vins secs et droits vendange mûr mais un peu plus tôt que ses collègues. Ses vins sont équilibrés même s'ils présentent dans les premières années des acidités un peu saillantes qui s'intègrent très bien au vieillissement.

Les vins des Domaines Gilg, Fernand Seltz et Wittmann se situent quand à eux en termes de maturité dans une esthétique classique, sans recherche de surmaturité.


Stein-2008.jpgRietsch Stein 2008


Jean-Pierre Rietsch s'est montré le plus original en présentant une cuvée de Stein 2008 élevée sans ajout de soufre et mise en bouteille sans filtration après 14 mois d'élevage. Deux versions de cette cuvée ont été dégustées, la première avec un sulfitage de 2 grammes à la mise, la seconde sans sulfites ajoutés. Les 2 vins présentent une esthétique singulière par son côté nature et une grande buvabilité tout en respectant parfaitement la typicité du terroir. Cette approche originale nécessite cependant de la part des dégustateurs, trop souvent prisonniers des codes esthétiques dominants, une saine ouverture d'esprit.

Typicité et lien au terroir :

Après avoir dégusté 23 vins issus de 11 millésimes, le Stein impose son caractère et marque chaque vin sans exception. Au delà des styles la trame reste identique, en s'exprimant toujours par une olfaction précise, sans extravagance, dans un registre de fruits à noyaux : pèche, mirabelle, abricot. La bouche est plutôt sphérique, toujours intense mais sans recherche démonstrative de puissance. L'acidité fine et puissante à la fois arrive seulement en fin de bouche, elle prolonge le vin, le structure et l'étire.

Tous les échantillons présentés sont de grande qualité et les styles propres à chacun enrichissent l'expression du ressenti. Le Stein mérite indéniablement un classement en cru intermédiaire, la force de son caractère s'impose et la qualité des vignerons qui le servent reste son meilleur atout.

Un autre terroir d'exception, en dehors du Grand Cru Zotzenberg, est magnifiquement mis en valeur par les vignerons de Mittelbergheim. Il s'agit du lieu dit  Brandluft qui est situé sur le coteau qui fait la jonction entre les Grands Crus Zotzenberg et Wiebelsberg. Alors Thomas si tu veux bien nous organiser une dégustation sur ce thème, nous t'en serions très reconnaissants.


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Published by Oenophil - dans Chroniques
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commentaires

David Lefebvre 23/03/2010 11:09


C'est marrant Philippe, sans t'avoir lu, on a a peu près la même lecture

Mittelbergheim

Stein : immanence

C’est dans une démarche de terroir toute naturelle et quasiment immanente que les vignerons de Mittelbergheim ont choisi le riesling pour le Stein.
Une dégustation verticale remontant à 1991 a permis d’éclairer les vignerons dans leurs choix et leurs intuitions.


Inhabituelle : Quelques vignerons de Mittelbergheim ont organisé une dégustation verticale du terroir Stein le 19 mars, où il a été possible de remonter jusqu’en 1991. 25 vins en tout prélevés des
domaines et de l’oenothèque du village, sans laquelle le terroir n’existerait pas. Ils ont permis d’établir les bases descriptives de la typicité de ce cru.

Revendiquer un terroir sur l’étiquette, c’est facile. Dans la bouteille, c’est plus compliqué. Mais l’objectif est simple : le vin doit être reconnaissable, identifiable au moins par les gens du
terroir. Il ne doit pas forcément être apprécié de tous et être séducteur, mais il doit afficher un certain caractère bien trempé.

Démonstration : David Seltz, un habitant de Mittelbergheim, ébéniste de métier, en passant par hasard par l’oenothèque du village s’est prêté au jeu de la reconnaissance à l’aveugle d’une bouteille
ouverte. « C’est du riesling. Ce n’est pas du « Zotz », c’est moins puissant, ce n’est pas du Brandluft non plus, c’est peut-être du Stein.» Le millésime ? « Peut-être du 98.» « Pas mal répondent
les vignerons.» Il avait en réalité un riesling Stein 91 en main.

Comme de nombreux terroirs d’Alsace, le Stein a sa carte à jouer dans les projets de hiérarchisation des vins d’Alsace.

Parce qu’il ne couvre que 3 hectares, il bénéficie d’une délimitation cohérente.

Dans une démarche terroir naturelle, inhérente aux conditions du milieu, les vignerons l’ont encépagé à plus de 90 % avec du riesling sans que rien ne leur soit dicté d’en haut : la voie du
terroir.

Historiquement, le nom du lieu-dit Stein adossé à l’église du village « provient du fait de l’existence du massif rocheux de calcaire qui affleure le sol en cet endroit. L’église protestante fut
construite à même la roche, et la tradition rapporte que la lourde tour romane se trouve sur une ancienne crypte, aménagée dans une grotte naturelle de ce rocher», écrit Patrick Fournial dans sa
chronique du vignoble de Mittelbergheim en 1980. Crypte mise à jour en 1999.

Reposant sur une dalle de calcaire oolithique dur du Bathonien, le Stein est recouvert de sols maigres. Le calcaire dur ne cède pas trop de calcium actif. Les vignerons utilisent du 3309 et même du
34 EM comme porte-greffe, indique Michel Seltz. Preuve d’un bon terroir à vigne, les traitements sont généralement arrêtés au 5 juillet : « C’est un terroir facile.» Et qui ne peut de toute façon
produire plus qu’il ne peut.

Certains le vinifient un peu en surmaturité pour apporter un peu de volume comme Thomas Boeckel avec son clos Eugénie, certains le préfèrent tout en droiture comme André Rohrer, d’autres font très
attention au SO2 et font confiance à l’évolution et à l’expression du terroir comme Jean-Pierre Rietsch, et d’autres comme Michel Seltz, Jean-Christophe Lehner (Gilg) et Nicolas Wittmann
recherchent l’équilibre. Toujours fermé durant ses premières années, le Stein libère ensuite des notes d’abricot, de pêche des vignes.

La verticale révèle qu’il ne supporte pas l’excès de S02. 20 mg/l en libre à la mise seraient suffisants pour ne pas figer l’évolution des arômes et pour laisser la minéralisation s’accomplir avec
le temps.

Car la minéralité est une expression constante des Stein, quelle que soit le vigneron ou le millésime.

Tendue les premières années, la finale saline s’harmonise et s’exprime avec délicatesse mais persistance à mesure que le vin bonifie. De plus, les stein possèdent la structure acide nécessaire pour
rester stable sans avoir besoin de beaucoup de SO2.


laurentp 21/03/2010 19:47


Je ne connais pas tous les producteurs, mais j'ai eu plaisir à déguster plusieurs millésimes de la cave Fernand Seltz (c'est Michel qui vinifie je crois). C'est d'une facture très classique, mais
les vins sont purs et avenants.

Laurent


EricL 21/03/2010 19:32


Salut Philippe,

Dans quel cadre a eu lieu cette dégustation stp ??

Je suis carrément super fan du Riesling Stein Clos Eugénie des frères Boeckel, c'est en ce Riesling que je trouve personnellement la quintessence du vin. Même si cela a à voir avec le fait que je
sois alsacien, je m'identifie à ce vin d'une certaine manière (mon père est de Barr)

EricL