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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 18:25

 

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Dans ce mémoire présenté à la Société Libre d’Agriculture et de Viticulture de Ribeauvillé le 13 janvier 1881, puis édité par les Editions BARTH de Colmar la même année, Chrétien OBERLIN fait part de ses constatations et propositions sur les effets et les causes de la dégénérescence de la vigne cultivée ainsi que sur la question phylloxérique.

 

A partir de 1863 une maladie de la vigne se déclare dans les vignobles du Midi avant de se propager dans le vignoble bordelais puis dans toute l’Europe. Le responsable de ce désastre est un insecte identifié en 1868 par le professeur PLANCHON de la Faculté de Sciences de Montpellier : le phylloxera vastatrix.

 

En Alsace-Lorraine le premier foyer phylloxérique est découvert en 1875 à Bollwiller dans une parcelle isolée d’environ 70 pieds de vignes américaines de diverses variétés. Pour circonscrire l’épidémie, les ceps seront coupés, détruits par le feu et le terrain désinfecté par recouvrement d’une couche de goudron de houille.

 

En 1876, Chrétien OBERLIN relève à Plantières près de Metz, dans une parcelle située en plein vignoble, des traces suspectes de phylloxéra. L’année suivante ses craintes sont confirmées et de nombreux insectes sont découverts sur les vignes de souches américaines et européennes. La surface envahie est de 50 ares, cependant il faudra étendre le périmètre de désinfection sur une zone de sureté de 100 mètres de rayon. Les ceps seront coupés au ras du sol et détruits par le feu ainsi que les échalas qui les portaient. Le terrain sera désinfecté par apport de sulfocarbonate de potasse puis retourné jusqu’à une profondeur de 60 centimètres afin de récupérer les racines et de les brûler. Une dernière désinfection superficielle du sol retourné sera ensuite effectuée.

 

Chrétien OBERLIN se pose alors la question de l’origine de l’épidémie sans vouloir a priori en attribuer l’unique responsabilité à l’insecte.

 

D’une part, il constate que les vignes américaines comme les vignes sauvages, résistent mieux au gel que leurs cousines européennes. Ce point sera confirmé par l’ampélographe BRONNER qui possède dans sa collection des échantillons de vignes sauvages du Rhin qui ont très bien résisté au rude hiver 79-80.

 

D’autre part, il s’interroge sur le fait que si les vignes américaines se montrent moins sensibles au phylloxéra, peut-être la vigne sauvage possède-t-elle les mêmes caractéristiques.

 

Il se lance alors à la recherche de Vitis Sylvestris, la vigne sauvage qui pousse sur les rives du Rhin et de l’Ill et aussi des vignes de montagne que l’on trouve en Lorraine et dans le Duché de Bade.

 

Très vite il s’aperçoit qu’en plus de son excellente résistance, la vigne sauvage n’est pas exposée aux attaques des parasites qui affectent la vigne cultivée et qu’elle ne souffre ni de l’oïdium, ni du mildiou.

 

Mais c’est surtout le mode de reproduction de la vigne sauvage qui interpelle OBERLIN. Contrairement à la vigne cultivée que l’on reproduit par bouturage ou par provignage, la vigne sauvage se reproduit par graine.

 

Ce mode de reproduction est le point capital qui va guider OBERLIN dans ses travaux de recherche de nouvelles variétés destinées à renouveler un vignoble épuisé qui a perdu toute résistance à force de n’être que l’allongement irrationnel d’une plante mère mutilée.

 

« Ce sont les sarments écorchés qui contractent la maladie quand ils sont mis en terre par provins et même comme boutures. Mais comment se fait-il que les espèces vigoureuses soient plus affectées par la maladie que les autres ? C’est parce que l’enlèvement de leurs pousses latérales, qui sont plus fortes, donne plutôt lieu à des écorchures. C’est simple ! On ne s’en était jamais aperçu. Et voila encore une maladie dont la cause a été inconnue jusqu’ici et qui est le résultat de nos pratiques barbares. »

 

Chrétien OBERLIN considère le phylloxéra comme un parasite vivant aux dépens d’une plante malade. Sur une vigne saine, l’insecte n’est pas en terrain favorable et ses ennemis prennent le dessus.

 

Pour conclure son mémoire, l’auteur propose un plan de campagne en cinq points :

 

« 1° : Faire rechercher dans chaque pays, par des délégués spéciaux, les différents types de vignes sauvages qui peuvent y exister, les réunir et les cultiver en collection pour les étudier sous le rapport de leurs qualités économiques.

 

2° : Déléguer dans le même but une commission de plusieurs membres dans les montagnes du Caucase, où la vigne sauvage abonde, et en Asie, afin de rechercher les types primitifs de la vitis vinifera.

 

3° : Essayer simultanément toutes les variétés dans une contrée phylloxérée, par exemple dans le midi de la France, afin de constater leur degré de résistance.

 

4° : Propager les variétés reconnues résistantes, en établissant dans chaque pays des pépinières en nombre suffisant.

 

5° : Affecter à chaque école de viticulture un terrain spécial, isolé de toute autre culture de vignes, à la multiplication par graines de vignes primitives, afin de conserver leurs propriétés résistantes et de pouvoir, en tout temps, régénérer les variétés qui s’affaibliraient à la longue par la culture. »

 

Chrétien OBERLIN consacrera le reste de vie à l'hybridation de la vigne. En 1897, la ville de Colmar créera un Institut Viticole chargé de poursuivre ses recherches. Ce dernier offrira à titre gracieux son matériel expérimental constitué d’une collection classée de viniféras de 378 variétés, d’hybrides viniféras et de vignes sauvages de la vallée du Rhin, de vignes asiatiques, américaines et de producteurs directs.

 

Si les hybrides furent abandonnés au milieu des années 20, au profit des cépages traditionnels greffés sur porte greffe américain résistant au Phylloxéra, il ne faut pas oublier que les recherches de Chrétien OBERLIN auront permis de faire face à l'épidémie et à redonner espoir à la viticulture alsacienne alors qu'elle était au plus mal.

 

 

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Published by Oenophil - dans Chroniques
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