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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 16:44

Duo OenologiePierre Sanchez et Xavier Couturier


Créé en juillet 2008, le laboratoire Duo Oenologie connait  un succès grandissant tant l'expertise de ses créateurs est reconnue dans le vignoble. Formés en Alsace et en Bourgogne, Pierre Sanchez et Xavier Couturier comptent maintenant plus de 80 clients, dont quelques une des adresses le plus prestigieuses d'Alsace.

Leur approche est fondée sur la mise à disposition d'outils d'analyse et de conseils à ceux qui recherchent leur voie, sans jouer la carte de la vente de produits oenologiques.

Je leur ai demandé de nous livrer une première analyse du millésime 2009.


« Une partie de l’esclavage mental qu’est l’agriculture tient au fait qu’on se dit toujours qu’il fait trop chaud où trop froid, trop humide où trop sec, où qu’une tempête risque d’abîmer les fruits. » Jim Harrisson

 

La viticulture n’est peut être pas totalement un "esclavage mental" mais une chose est certaine les excès climatiques du millésimes 2009 nous fournissent encore quelques « trop » et « pas assez » pour alimenter nos conversations.


Un printemps prometteur nous annonçait une récolte réduite et qualitative, un début d’été pluvieux nous offrira finalement la quantité.


Luminosité, chaleur, températures nocturnes élevées et peut être excès de CO2 dans l’atmosphère activeront la vigne, usine photosynthétique en août et septembre.


Dans ces conditions, les raisins sont donc gorgés de lumière et de chaleur, ce que l’on retrouve naturellement dans les vins de 2009.

 

 Il est toujours délicat de trop généraliser, mais là où 2008 nous apportait des vins sous tension, minéraux, réservés voire austères ; les 2009 sont déjà plus ouverts quelquefois exubérants gras, généreux et opulents. Dans l’ensemble, les 2008 étaient équilibrés autour de leur acidité alors que 2009 s’harmonisent plutôt grâce à la force alcoolique. Les teneurs en sucres à la récolte et les rendements alcooliques impressionnants nous donnent des vins tout en puissance. Même les cépages faiblement alcoologènes comme le riesling et le sylvaner atteignent des titres alcooliques en puissance élevés.


L’influence  « atmosphérique » de l’été se traduit également par des acidités affaiblies une bonne part de l’acide malique ayant été brûlé par le soleil. Les expression des cépages sont plutôt fortes, encouragés par une forte influence foliaire, ce qui nous donne des vins aux plaisirs immédiats et évidents.


Autre conséquence des contrastes climatiques de 2009 (sécheresse précédée d’une période plutôt humide), une richesse des moûts en composés azotés : azote minéral, peptides et protéines.

 

Selon les sols et le type de conduite, les vignes réagissent différemment à l’influence climatique, les vins de 2009 en sont les témoins. Les vins issus de vignes âgées, de terrains favorables à un enracinement profond ou de ceux  à forte réserve hydrique, de parcelles dont les pratiques culturales favorisent une expression plus racinaire que foliaire sont en général moins "solaires". Dans ces cas, le sol joue pleinement son rôle de tampon et vient tempérer les excès climatiques, les vins gardent plus de fraîcheur, les acidités sont plus ou moins préservées et la composante minérale reste perceptible.

 

Dans notre contexte de réchauffement climatique,  il semble que 2009 soit un avant goût de ce que les climatologues nous promettent pour demain : un glissement de notre climat continental vers un régime de plus en plus méditerranéen à savoir forte précipitations au printemps  précédant des  phases de sécheresse plus où moins violentes. En  période estivale  l’essentiel des précipitations se résument à des pluies d’orage.


2009 nous donne des vins de plaisirs faciles, au fruité gourmand, mais ce millésime est également  un annonce ou un avertissement d’un climat qui change.


Pierre Sanchez et Xavier Couturier

Duo Oenologie

101 route du Maréchal Foch

67730 CHATENOIS


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Published by Oenophil - dans Chroniques
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commentaires

phil 17/07/2012 18:43

Merci pour ces précisions.

phil 15/07/2012 20:55

Malgré mes précisions, pas de réponse...dommage !

Oenophil 16/07/2012 11:37



Phil,


 


En Alsace comme dans les autres régions le millésime marque son empreinte. Prétendre le contraire est une grave erreur. L'oenologie moderne peut corriger de nombreuses choses mais en dehors de la
chaptalisation raisonnable comme elle est pratiquée en Bourgogne, toutes ces corrections sont parfaitement détectables par un dégustateur exprimenté qu'il s'agisse d'acidification, de
désacidification ou de la panoplie utilisée pour cacher les déviations consécutives à une vendange altérée.


Philippe



phil 23/01/2010 18:03


J'ai entendu qu'en Alsace le millésime avait peu d'importance. Est-ce vrai ? Et d'autre part, en raison des avancées techno, que le millésime soit ignoble comme 2006 le fut en Alsace ou
merveilleux, finalement on arrive à rattraper le vin avec la technique. C'était le sens de ma question.


Gildas 11/01/2010 13:44


Merci Philippe pour ces éclaircissements et repères précieux sur le millésime passé qui fera probablement notre plaisir dans quelques années.

Très bonne année à toi !


Patrick Böttcher 11/01/2010 12:05


Un bien bel article, instructif, surtout. Fait-il définitivement entre les lignes : "2009, millésime de plaisir mais pas de garde, un peu à l'instar de 2000 ?)