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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 14:50

Monsieur HUGEL,

 

Il y a des discours que j’ai du mal à accepter surtout lorsqu’ils sont tenus sur des médias étrangers, par ceux qui sont sensés défendre la notoriété de la viticulture alsacienne et profitent des efforts considérables de l’interprofession pour promouvoir les vins d’Alsace à l’étranger. C’est le cas de vos récentes déclarations publiées dans la revue DECANTER afin de justifier les raisons qui font que vous ne revendiquez pas les terroirs dont vos vins sont issus.

 

Alors que la viticulture française doit faire face aux attaques menées sur différents fronts par les cercles hygiénistes et par le libéralisme de la commission européenne, alors que les marchés à l’export sont davantage confrontés à la crise, quel l’intérêt peut trouver un négociant alsacien réputé, à critiquer avec virulence les Grands Crus d’Alsace « qui manqueraient de crédibilité et d’ambition ».

 

La plupart des vignerons font preuve de beaucoup de générosité, de conviction et d’idéalisme dans leur démarche, cependant leur activité comme la vôtre reste soumise à des contingences commerciales. Que ces contingences se soient manifestées lors de la création de l’AOC Alsace Grand Cru n’est pas surprenant mais de là à opposer un négociant vertueux dont la démarche est fondée sur l’éthique à une bande de vignerons aux intentions bassement mercantiles, c’est un peu forcer le trait et laisse supposer que vous possédez le monopole de l’éthique.

 

Si les Grands Crus « manquent d’ambition » alors pourquoi n’avez-vous pas montré la voie à l’intérieur du système au lieu de vous réfugier dans une AOC Alsace encore moins contraignante ?

 

Fort de vos 370 années d’expérience, vous auriez pu servir vos terroirs par une viticulture plus exigeante et plus respectueuse de l’environnement que ne le demandent les textes, comme le font certains de vos collègues engagés dans la démarche terroir et ardents défenseurs du vignoble. Vous auriez aussi pu ne revendiquer que les parcelles que vous jugez dignes de faire partie des Grands Crus historiques du Sporen et du Schoenenbourg. Cette démarche aurait été tout à votre honneur et ce devoir d’exigence vous aurait alors placé dans une position incontestable.

 

Non Monsieur HUGEL je n’accepte pas votre discours qui consiste à dénigrer l’Alsace à l’étranger. Cela ne vous sert pas, cela ne sert pas le vignoble et moi qui ne suis pourtant qu’un alsacien d’adoption, ça me gêne.

 

Philippe BON

 

 

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Published by Oenophil - dans Chroniques
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commentaires

stephane wasser 06/11/2009 11:57


si les vins de Hugel sont se qu'ils sont c'est que la vigne est forcement entretenu comme il faut. Que faut-il à Hugel pour être aimé et digne, être bio ?

Si Chambertin n'est pas déclassé, ce qui reste à prouver car même la DRC déclasse lorsque un fut n'est pas top, c'est peut être que la délimitation est mieux faite. Ensuite faire un bon chambertin
est à mon sens plus simple car vendu 80 euros en moyenne alors que l'on trouve un GC d'alsace à 5 euros !! pas la même échelle de prix en 2009 alors que dans les années '30 les deux vallaient
presque la même somme. Pourquoi un tel écart aujourd'hui ? la guerre ? certainement, ou l'envie des bourguignons de faire de grands vins dignes des prix demandés. Aujourd'hui vous pouvez descendre
dans presque toutes les caves de gevrey, vous ne serez pas deçu. Je ne me risque pas à cette expérience en Alsace.
stéphane


David lefebvre 06/11/2009 10:26


Réponse à Phil : Si le Rangen est un GC, St Landelin, St Imer ne le sont pas.
Pour répondre à S. Wasser : on comprend que la position d'E Hugel est légitime. Le constat est que ces cuvées sont de renommée supérieure à celle des GC. Ceci pose un problème à l'appellation GC,
dépassée par sa base. Et on comprend que des maisons ont tout intérêt à élaborer leurs cuvées de prestige. Et on ne peut pas leur jeter la pierre.
Mais on ne peut nier que ça pose un problème collectif de crédibilité pour les GC.
Je ne connais pas en Bourgogne de maison qui débaptise un chambertin en cuvée X ou Y.

Sur la question de la qualité de ces cuvées FE ou Jubilée, il y a d'une part le juge de paix qui est la dégustation à l'aveugle, sur ce point elles ont acquis leurs lettres de noblesse à la
régulière,
Mais il y a d'autre part aujourd'hui un aspect qu'aucun ne peut nier qui est la question de la transparence en agroalimentaire. A savoir que le consommateur n'achète pas seulement une étiquette et
le vin qu'il y a dans la bouteille, mais il achète aussi tout ce qui entoure le vin, c'est-à-dire sa culture, son patrimoine, les conditions environnementales dans lequel il est élaboré.

Alors on peut balayer d'un revers de main toutes ces considérations et ne considérer que ce qu'il y a dans le verre sans penser à ce qu'il y a autour et avant. C'est un choix qui se comprend. Mais
c'est bien l'histoire des hommes de viticulture qui a conduit à ce qu'est le vin aujourd'hui.

Donc oui quand je déguste une cuvée FE ou Jubilée, je pense à ce qu'il y a dans le verre, mais aussi aux hommes de terroir qui l'ont élaboré, qui ont cultivé la vigne, à l'héritage culturel, et à
l'environnement, aux paysages, etc. Et je préférerais savoir que ces cuvées sont élaborées dans des conditions d'AOC GC plutôt qu'AOC générique car derrière il n'y a pas les mêmes efforts, le même
investissement, la même identité paysagère bien plus jolie en coteaux qu'à côté d'un champ de maïs.


stephane wasser 05/11/2009 09:24


les cuvées Jubilee, Frederic Emile et autre comtes d'eguisheim ne sont réglementées "que" par l'AOC Alsace et non "grand cru". Cela semble être un problème pour vous !
Comment expliquer alors que ces cuvées, AOC Alsace, soient qualitativement dans le peloton de tête des vins d'Alsace, tous niveaux confondus. Un alsace AOC devant la plupart des GC, c'est vrai que
cela peut déranger mais il n'est pas interdit aux vignerons d'en faire autant. Faire un grand vin avant de faire un grand cru, voilà l'avenir de l'Alsace.
Que penser d'un grand cru Wiebelsberg à 5.80 euros !! Quelle image veut faire passer le vigneron qui vend son GC a ce prix là ? La qualité ? L'image du prestige alsacien ? pas certain.


phil 29/10/2009 18:40


Je pensais que le Rangen, le Clos St-Théobald, St-Imer ou encore St Landelin pouvaient constituer de telles locomotives ?


David Lefebvre 27/10/2009 11:22


Pour équilibrer le débat, il faut aussi se placer du côté de la maison Hugel qui considère qu'on met la charrue avant les boeufs en matière de revendication des grands crus,
et que le problème des délimitations sociales et syndicales au lieu d’être pédogéologiques, doit être abordé.

On peut ne pas être d'accord avec les propos d'Etienne Hugel mais on peut aussi reconnaître que cette maison déploie des efforts de promotion à l’international et doit en déployer d’autant plus que
le vignoble d'Alsace ne dispose pas de "terroir – locomotive" à l’image de la Bourgogne où la notoriété des négoces sont, il faut le dire, pour beaucoup portés par la notoriété des terroirs.


En ce sens, la remarque, voire l'irritation d’Etienne Hugel est compréhensible et légitime. Car il est certain que ce n’est pas le Sporen ou le Schoenenbourg qui ont construit la notoriété
internationale de cette maison, mais bien des siècles d’effort.

Encore une fois, qu’Etienne Hugel mette le doigt là ou il doit indexer la viticulture c’est bien. Mais ces cuvées Jubilée ou Frédéric Emile ne sont d’abord réglementées que par le Cahier des
charges vins génériques AOC Alsace. Le consommateur s’en remet à la notoriété de la maison qui élabore ces cuvées et à la qualité des vins.
Mais le consommateur, lui, a aussi besoin de garanties légiférées : AOC Alsace ou AOC grand cru.
La transparence est une règle aujourd’hui en alimentaire. Donc que ces maisons publient leur déclaration de vendange surfaces totale/volumes. Le rendement reste et demeure un facteur de qualité
inébranlable.