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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 19:05
Blienschwiller, le 20 octobre 2008


Claude FREYERMUTH : Courtier en vins




Courtier en vins à Blienschwiller, patrie du Grand Cru Winzenberg, Claude FREYERMUTH nous parle du courtage des vins en Alsace.


Pouvez-vous m'expliquer en quoi consiste le métier de courtier ?


Le courtier est l'intermédiaire qui met en relation les acheteurs du négoce et les vendeurs qui sont les producteurs de raisins et les vignerons.


Cela demande de bien connaître la production et les souhaits du négoce afin de sélectionner des échantillons de vins et de les proposer aux négociants en fonction de leurs besoins.


Mais notre travail ne s'arrête pas là puisque nous surveillons également le chargement du vin lors du transport afin que le lot livré soit bien celui qui a été présenté à l'acheteur.


Les courtiers effectuent également des transactions de raisins entre production et négoce pendant la période des vendanges.


Nous avons également un rôle de conseil auprès des vignerons pendant les vinifications et l'élevage.


Même s'il y a des transactions pendant toute l'année, la plus grosse période d'activité se situe à l'ouverture du marché des vins en vrac en janvier et reste très dynamique pendant les mois de février et de mars.


Comment en êtes vous venu au courtage ?


Après avoir exercé le métier de vigneron, j'ai décidé de me consacrer au courtage en 2002. Un de mes oncles exerçait la profession de négociant, il m'a encouragé à m'engager dans cette voie.


Il n'existe pas à proprement parler de formation de courtier. Il est possible d'exercer après un examen d'aptitude et un stage de 6 mois chez un confrère. Il faut cependant posséder une bonne connaissance du vin et des vinifications, ainsi que des compétences commerciales et une bonne approche relationnelle.


J'ai souhaité posséder une formation complémentaire afin d'obtenir le statut de courtier assermenté auprès de la Cour d'Appel de Colmar. A ce titre, je réalise des expertises qui me sont confiées par les tribunaux de commerce ou lors de procédures amiables.


Dans le cadre de ces prérogatives, je suis également amené à établir des attestations de prix, des cotations et à procéder à des ventes aux enchères


Comment se rémunèrent les courtiers ?


Les services du courtier sont rémunérés par le vendeur pour un tiers et par l'acheteur pour deux tiers. Le total représentant un montant d'environ 3% de la transaction.


Que pensez vous du millésime 2008 qui rentre en cave actuellement ?


Le vent du Nord, les températures plutôt fraîches du mois d'octobre avec de belles journées ensoleillées ont permis d'obtenir de justes maturités tout en préservant la qualité sanitaire des raisins. Ce millésime se caractérise par un bon équilibre entre les acidités tartriques et un joli fruit. Cependant le rendement sera certainement en deçà des quantités escomptées en raison du taux d'extraction assez faible cette année.


Passage de l'AOC en AOP, quels changements ?


Chaque transaction devra dorénavant être signalée afin que le vin puisse éventuellement être contrôlé, dans un délai de 8 jours avant le chargement.


L'ensemble de la profession est très inquiète de la libéralisation en cours car elle va très certainement tirer le niveau vers le bas en autorisant la plantation de n'importe quel cépage en n'importe quel lieu ce qui aura également pour effet de faire chuter les cours.



Comment jugez vous le niveau qualitatif global de la production alsacienne ?


Le niveau global évolue positivement même s'il reste des caves à problème. C'est notre rôle de faire comprendre à ces gens là qu'ils feraient mieux de vendre les raisins au lieu de persister à vouloir faire du vin.


Seul les vins de qualité sont valorisés auprès des acheteurs, si l'on n'est pas capable de faire un travail de vinification de bon niveau, il est préférable de s'en tenir à vendre le raisin à des structures qui sauront le vinifier


Comment est calculé le prix du raisin ?


Le prix du raisin est indexé sur les degrés potentiels.


Mais dans les années à fort botrytis les degrés montent sans pour cela que la qualité du raisin soit améliorée.


D'autre part les vignerons qui veulent s'assurer d'un rendement maximum ont souvent tendance à laisser la vigne produire plus qu'il ne faudrait, pensant ainsi se protéger contre des dégâts éventuels qui feraient chuter le rendement, quitte à ne pas vendanger la totalité de la parcelle. Ce n'est pas non plus un comportement qui vise à améliorer la qualité de la vendange.


Il n'existe pas à ce jour de système idéal pour rémunérer justement des raisins de qualité. Le suivi en amont tout au long de l'année des parcelles par les négociants acheteurs semble être la meilleure réponse pour suivre et récompenser le travail qualitatif des apporteurs de raisins.


De plus en plus de maisons de négoce mettent en place un suivi à la parcelle pour améliorer leurs apports.


Quelle est aujourd'hui l'image des courtiers en Alsace ?


Il est vrai que l'image du courtier opportuniste, juste présent pour toucher des commissions sans véritable travail de sélection, est toujours persistante. Contrairement à nos collègues bordelais bourguignons et champenois notre profession ne bénéficie pas en Alsace d'un grand prestige.


Seulement 200.000 hectolitres sont traités par les courtiers en Alsace alors qu'à Bordeaux, la quasi-totalité de la production passe par le courtage. Dans cette région le rôle du courtier est incontournable ce qui lui apporte plus de respect et de prestige.


Cependant aujourd'hui la situation en Alsace est maintenant plus saine, 20 courtiers sont encore inscrits mais seulement une dizaine sont actifs. Les exigences plus pointues du négoce nous obligent à plus de professionnalisme et c'est une très bonne chose pour la reconnaissance de notre activité.



Nota : J'invite ceux qui souhaite en savoir plus sur la profession de courtier en vins à se rendre sur le site de la Fédération Nationale des Syndicats de courtiers en vins.

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Published by Oenophil - dans Chroniques
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