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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 18:16

 

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Un texte réglementaire sous forme de décret a été publié le 22 avril 1963. Il institue la création du CIVA (Comité Interprofessionnel du Vin d’Alsace) qui en liaison avec l’INAO et le Comité d’Experts des Vins d’Alsace est chargé de :

 

“Procéder à toutes études sur la production et la commercialisation du vin d’Alsace et de centraliser à cet effet toutes statistiques et tous renseignements d’ordres technique, économique et pratique.

 

D’apporter aux producteurs, aux coopératives de vinification, aux négociants, courtiers et commissionnaires toute assistance technique et pratique utile pour l’amélioration du vignoble et de la qualité du vin d’Alsace.

 

De faciliter les relations entre producteurs et acheteurs de raisins, notamment en étudiant chaque année les éléments de la fixation des prix des vendanges et les modalités de paiement applicables aux transactions les concernant.

 

D’informer les consommateurs, en particulier les consommateurs étrangers, de la qualité du vin d’Alsace et de développer l’exportation de ce vin“

 

Il faut ben avouer cependant que les producteurs comme les négociants s’intéressaient principalement au troisième objet, l’intérêt pour les trois autres missions n’est venu qu’ensuite et petit à petit.

 

Le décret définit également la composition du comité du CIVA :

 

“Douze délégués des producteurs, dont quatre des coopératives de vinification, douze délégués du commerce des vins en gros et des courtiers, dont onze du commerce et un courtier.

 

Les délégués sont désignés par les syndicats les plus représentatifs et la durée de leur mandat est de trois ans avec possibilité de renouvellement.

 

La présidence du comité est confiée pour un an alternativement à un représentant de la production et à un représentant du commerce“

 

Le bureau est composé :

 

D’un président, de deux vice-présidents, un producteur et un commerçant, d’un secrétaire général et d’un trésorier. Les membres du bureau sont élus chaque année par le comité pour une durée d’un an et sont rééligibles. Les fonctions de secrétaire général et de président sont confiées alternativement à un délégué du commerce et à un délégué des producteurs.

 

Le rôle du bureau est :

 

“D’exécuter ou de faire exécuter le programme d’action et d’assurer le fonctionnement administratif du comité et d’établir chaque année un budget.“

 

Le financement du CIVA est assuré par une taxe parafiscale de 0,60 Francs perçue sur chaque hectolitre de vin sorti de la propriété et recouvré par les Contributions Indirectes du Ministère des Finances moyennant un léger prélèvement. Cette taxe était subordonnée à la suppression à terme de la taxe fiscale de 0,30 F/hl destinée au Comité Régional d’Experts chargé de la délimitation des terroirs AOC du vignoble. Elle a ensuite été supprimée en 1968 tandis que la taxe CIVA était relevée à 1,75 puis à 2,50 en 1973 avant d’atteindre 4,83F/hl en 1986, le taux nominal étant fixé par la loi à 5,00 F/hl. Depuis lors cette taxe a été supprimée le 31 décembre 2003 et intégrée à la cotisation interprofessionnelle qui est en 2010 de 7,10 €/HT/hl perçue sur toutes les ventes en bouteilles.

Par Oenophil - Publié dans : Chroniques
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Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 18:32

 

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Le Comité Interprofessionnel du Vin d’Alsace a été créé par décret le 22 avril 1963. Avant d’entrer dans le détail de son organisation et de ses attributions, il est utile de s’intéresser en préambule aux relations de l’époque entre les différentes parties prenantes du vignoble, afin de comprendre ce qui a motivé la création de cette interprofession.

 

Trois grandes familles professionnelles interviennent alors dans le vignoble. La première, la plus nombreuse, est celle des producteurs récoltants. La seconde famille est celle des négociants qui sont de deux types. D’une part les négociants dont l’activité consiste uniquement à acheter des vins afin d’en faire commerce. D’autre part les producteurs négociants qui sont des viticulteurs qui vendent une partie ou la totalité de leurs vins en bouteille et qui, n’ayant pas assez de vin pour répondre à la demande, achètent aussi des raisins ou des vins en vrac pour alimenter leur commerce. Les coopératives, dont le développement important après la seconde guerre mondiale est venu modifier les habitudes de fonctionnement des structures professionnelles du vignoble, constituent la troisième famille.

 

Au début des années 1960 les producteurs récoltants sont pratiquement tous regroupés au sein de l’AVA, une structure syndicale crée en 1911 qui a pour objectif la défense de leurs intérêts et qui regroupe près de cent syndicats viticoles locaux. Les producteurs négociants possèdent deux structures syndicales : le Groupement des Producteurs Négociants et le Syndicat des Viticulteurs Négociants, utilisées pour faire la promotion des vins de leurs adhérents. Les purs négociants sont également réunis dans deux structures syndicales : le Syndicat du Haut-Rhin du Commerce en Gros des Vins et Syndicat du Bas-Rhin du Commerce en Gros des Vins.

 

Les négociants et les producteurs avaient, avant la création du CIVA, mis en place une structure appelée l’Union de la Production et du Négoce avec une commission paritaire dont la mission était d’établir les cours des raisins et des vins en vrac par cépage. Cette structure avait son siège à la Chambre de Commerce de Colmar. Marcel WOLF, directeur administratif de la Chambre en tenait le secrétariat. Les producteurs étaient représentés au sein de cet organisme par des membres de l’AVA.

 

Cependant il n’existait à ce moment là aucune statistique de production sur laquelle s’appuyer pour établir le prix de marché des raisins et des vins. Chaque année la commission paritaire se réunissait et discutait à bâtons rompus pour négocier les cours. Les discussions étaient parfois houleuses, chacun essayant de peser sur la négociation en bluffant si nécessaire. Il ressortait de ces négociation un prix des raisins que tous étaient censés appliquer. Le prix des vins était établi en transformant à l’aide d’un coefficient le prix des raisins. Ce mode de fonctionnement ne donnait pas totale satisfaction, surtout aux producteurs récoltants qui avaient souvent le sentiment de ne pas pouvoir s’imposer dans la négociation face aux gros négociants. D’autre part, une certaine animosité régnait parfois entre les producteurs-négociants, les purs négociants qui à l’époque étaient plus nombreux qu’aujourd’hui et les producteurs de raisins et de vins.

 

Les services du Ministère de l’Agriculture à travers les Directions des Services Agricoles du Haut et du Bas Rhin suivaient les négociations entre les intervenants. Sans que l’on puisse dire si l’idée en revient aux autorités agricoles ou aux producteurs qui étaient plus proches de la Direction des Services Agricoles que les négociants, il a été décidé de s’inspirer de l’exemple champenois où une structure crée pendant la guerre, avait pour but de faire de la répartition de raisins pour alimenter le négoce. D’autres exemples identiques avaient vu le jour sous l’occupation, ainsi s’étaient déjà créés le Bureau Interprofessionnel des vins de Cognac et une autre structure en Armagnac.

 

La DSA du Haut-Rhin, leader des deux DSA en matière de vins d’Alsace, et les producteurs de la région ont alors observé attentivement le fonctionnement de ces organismes et décidé de demander aux pouvoirs publics d’officialiser la commission paritaire de l’Union de la Production et du Négoce à l’intérieur d’une interprofession. Un projet de statut d’un Comité Interprofessionnel du Vin d’alsace a ainsi été élaboré par la DSA et la commission paritaire de l’UPN en s’appuyant sur le fonctionnement des organismes similaires déjà en place dans les autres régions viticoles françaises.

 

Par Oenophil - Publié dans : Chroniques
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 21:33

 

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Les passages pluvieux de la fin avril ont précédé un cycle ensolleillé avec des températures estivales. La Toscane avait besoin d'eau après une année 2011 marquée par la sécheresse et la canicule. La vigne pousse à vue d'oeil.

 

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Semée à l'Automne entre les rangs, la navette fourragère est maintenant en fleurs. Elle sera bientôt couchée au rolofaca pour constituer un paillage qui protègera et nourrira les sols pauvres constitués principalement de gneiss.

 

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Agronomiquement, en dehors de l'avantage cité précédement, les semis de plantes fourragères non gélives, ont l'intérêt d'apporter un couvert aux sols pendant la période hivernale, après les travaux du sol réalisés en Automne. Il n'y a pas de concurrence entre la vigne et le semi puisque celui-ci termine son cycle avant que la vigne ne débute réellement sa croissance. Cependant le cavaillon doit toujours rester dégagé.

 

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La conduite en biodynamie menée depuis maintenant plus de 5 ans sur l'ensemble du Domaine porte ses fruits et le millésime 2010 qui vient d'être mis en bouteille en est la meilleure preuve.

 

www.fattoriadicaspri.com

 

Par Oenophil - Publié dans : Chroniques
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 19:10

 

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Un dossier exemplaire

 

Plus de vingt ans de démarches administratives et de combats judiciaires auront été nécessaires pour apporter une solution à la reconnaissance légale d’un cru pourtant incontesté. Aussi, on peut s’interroger sur les différentes raisons qui ont conduit à tant de difficultés.

 

Ammerschwihr qui est l’une des plus importantes communes viticole du Haut-Rhin, a toujours affirmé son individualisme et son particularisme, conforté dans cette attitude par la notoriété de ses vins et la réussite commerciale qui l’a accompagnée.

 

Mais la légitime fierté des vignerons précurseurs d’Ammerschwihr, qui a pu être interprétée parfois comme de l’arrogance, les a peut être conduit à ne pas mesurer assez tôt la nécessité de s’intégrer dans la hiérarchie qui s’est mise en place à compter de la création de l’AOC Alsace en 1962. Toujours ils ont cultivé leur singularité en défendant à contre courant la tradition de l’assemblage, en refusant au sortir de la seconde guerre mondiale la création d’une cave coopérative. Puis au cours des années 1970, ils ont été parmi les membres les plus actifs de l’ADIVA, ce syndicat aujourd’hui disparu qui mena la vie dure à l’AVA. Leur intransigeance quant au respect de la délimitation historique n’a certainement pas facilité l’avancement du dossier.

 

L’AVA, organisation syndicale de tutelle, le comité national de l’INAO et son comité régional, ont fait preuve, du moins pendant les années qui vont de 1985 à 2001, d’une attitude que l’on peut qualifier d’ambiguë. En offrant l’opportunité de solutions validées juridiquement avant de les refuser quelques temps après, les décisions de ces organismes ont laissé des regrets amers aux vignerons d’Ammerschwihr. De plus, même si l’on admet que le bouleversement induit dans la hiérarchie alsacienne par l’apparition d’une nouvelle appellation en dehors de l’AOC Alsace aurait pu avoir des conséquences néfastes, on comprend mal alors, pourquoi cette solution a été proposée en plus haut lieu.

 

De nombreux reproches ont également été faits à la commission de délimitation. Mais celle-ci n’a-t-elle pas donné la preuve de son intégrité en appliquant à la lettre les critères techniques qui lui avaient été définis par l’INAO. Une attitude différente aurait certainement été soulignée négativement par l’ensemble du vignoble. Cependant s’il est une question qu’il est légitime de se poser, c’est bien celle de savoir s’il est préférable et judicieux de donner priorité aux critères techniques quand ils remettent en cause l’usage qui a créé la notoriété.

 

__________________________________

 

 

Je remercie chaleureusement Maurice SCHOECH, Pierre DREYER, Jean ADAM et Jean-Baptiste ADAM pour le temps qu'ils m'ont consacré et les nombreux documents qu'ils ont mis à ma disposition afin de reconstituer l'histoire de ce terroir.

 

Philippe BON

 

 

 

 

 

 

 


Par Oenophil - Publié dans : Chroniques
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Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 19:27

 

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Le début d’un long combat judiciaire

 

Interrogé dans les pages de l’Alsace, l’un des quotidiens locaux, Gérard BOESCH, président de l’AVA, précise immédiatement que le principal syndicat viticole alsacien prendra l’avis de tous les viticulteurs concernés et tenant compte du Syndicat Viticole d’Ammerschwihr et du Syndicat des Vignerons du Kaefferkopf qu’il considère comme représentatifs de la viticulture locale, sous entendant par là que la voix du collectif ne serait pas prise en compte.

 

Il n’y aura pas de trêve en cette fin d’année 2005 comme le souligne l’autre quotidien local, les Dernières Nouvelles d’Alsace. Le CVPCK doit réunir ses membres le 6 janvier 2006 afin de décider des actions à mener pour défendre ses positions. Trois jours plus tard c’est respectivement le SVA et le SVK qui doivent se retrouver avant de transmettre à l’AVA leurs avis sur la délimitation proposée avant qu’il ne soit retourné à l’INAO. L’atmosphère se tend un peu plus encore, le village est maintenant déchiré.

 

Sans surprise la réunion du CVPKC se soldera par un vote qui par 47 suffrages sur les 49 exprimés, repoussera le projet de délimitation qualifié par leur avocat « d’expropriation ». Celui-ci rappellera à l’occasion, la solution alternative de la marque collective Kaefferkopf qui avait été déposée quelques années plus tôt par les Amis d’Ammerschwihr sur les conseils de Maître OLSZAK, Docteur en Droit spécialisé sur le droit des Appellations d’Origines.

 

Le Syndicat Viticole d’Ammerschwihr votera sans surprise, par une courte majorité de 55%, pour le projet de délimitation, suivi quelques jours plus tard par le SVK qui se prononcera à 42 voix contre 32 pour le projet en cours.

 

A l’issue de ces votes, le CVPCK s’adressera à Gérard BOESCH par la voix de son avocat, en faisant remarquer que le SVK ne possède aucune existence légale puisque non inscrit auprès du Tribunal d’Instance de Kaysersberg et ne figurant pas non plus au registre des syndicats. De ce fait, il considère que cet organisme est nullement fondé à se prononcer sur le projet en cours. Jean-Pierre KAPPLER conteste en outre les démarches menées par le trésorier du SVK pour inscrire en dernière minute de nouveaux adhérents et donner procuration à des membres qui soutiennent ses positions. D’autre part, il conteste les modalités du vote du SVK où il a constaté des attributions de droits de vote aléatoires suivant les positions supposées ou déclarées des votants. Le conseil du CVPKC demandera de ce fait au président de l’AVA de bien vouloir écarter l’avis donné par le SVK et de ne pas tenir compte de la très courte majorité, au sein du SVA, qui s’est déclarée favorable au projet de délimitation.

 

Les tensions s’exacerbent un peu plus quand un courrier signé par Henri BOHN, premier adjoint, de Jean-Pierre KAPPLER et de quelques autres, est adressé au Maire d’Ammerschwihr Jean-Marie FRITSCH, et déplace le débat au cœur du Conseil Municipal. Les requérants demandent au maire d’inscrire par principe de précaution la délimitation de 1932 dans le cadastre municipal, ceci afin d’éviter la menace du président de l’AVA, reprise par le président du SVA, du « Grand Cru sinon rien ». Le maire mettra la décision au vote par bulletin secret. Le résultat de cette consultation sera 7 voix pour le changement cadastral, une voix contre et 8 voix pour le report de décision.

 

Au mois d’août 2006, le Comité d’Experts des Vins d’Alsace transmettra à l’INAO le projet de délimitation modifié par une ultime dérogation portant sur l’ajout d’une parcelle. Le Comité National examinera par ailleurs le projet de décret modificatif pour la reconnaissance du lieu-dit Kaefferkopf en Appellation Alsace Grand Cru.

 

L’aboutissement du dossier semble proche, aussi le CVPCK qui souhaite tout mettre en œuvre pour en empêcher l’issue, assigne Jean-Baptiste ADAM en référé au Tribunal d’Instance de Colmar. Le Collectif reproche au président du syndicat viticole d’Ammerschwihr de n’avoir pas répondu à leur demande, formulée le 30 juin 2006 par courrier recommandé, d’organiser avant le 31 juillet une assemblée générale extraordinaire et de proposer au vote une motion pour la défense de la délimitation de 1932. Les réponses de Jean-Baptiste ADAM qui furent dans un premier temps de demander au requérant une proposition de date pour la tenue de l’assemblée générale, puis ensuite de l’informer que « conformément à l’article 9 des statuts du syndicat, il en référera aux membres du bureau pour décision » seront considérées comme une « manœuvre grossière ». Le CVPCK estimera alors nécessaire de saisir le juge des référés aux fins de constater que les obstacles opposés par le Président ADAM à la convocation d’une assemblée générale extraordinaire du syndicat viticole d’Ammerschwihr n’ont aucune consistance juridique. D’autre part, il demandera la nomination d’un mandataire ad hoc qui convoquera l’assemblée générale extraordinaire réclamée et la condamnation du SVA au paiement de la somme de 3000 € ainsi qu’aux frais de justice.

 

Le décret modificatif du 12 janvier 2007 sera publié au journal officiel le 14 janvier. Il concrétisera l’aboutissement du long cheminement vers la reconnaissance en Grand Cru de ce terroir.  Kaefferkopf, Ammerschwihr, sera inséré dans la liste des lieux-dits et des communes après le Hengst, Wintzenheim. Les parcelles exclues de la nouvelle délimitation pourront bénéficier de l’Appellation d’Origine Contrôlée Alsace Grand Cru jusqu’à leur arrachage et au plus tard jusqu’à la récolte 2031 soit une période de tolérance de 25 ans comme Gérard BOESCH l’avait proposé. Le Grand Cru Kaefferkopf pourra être issu d’un seul des cépages suivants : Riesling, Gewurztraminer, Pinot Gris ou d’un assemblage composé : de Gewurztraminer dans une proportion de 60 à 80% de l’encépagement, de Riesling dans une proportion de 10 à 40%, de Pinot Gris dans une proportion ne dépassant pas 30% de l’encépagement. Le Muscat est autorisé à entrer dans l’assemblage sans toutefois dépasser 10% de l’encépagement. On peut regretter qu’il n’y ait pas d’obligation à presser ensemble les raisins qui composent l’assemblage, comme c’est le cas pour l’Altenberg de Bergheim. Certains vignerons feront cependant leur cette pratique. Le décret définira également le titre alcoométrique volumique naturel moyen minimum à 12,5% pour les cépages Gewurztraminer et Pinot Gris et à 11% pour les autres cépages. L’assemblage devant présenter pour sa part un titre alcoolique naturel minimum de 12%. Si une autorisation d’enrichissement est accordée, elle ne peut dépasser 1,5% de volume. D’autre part le Grand Cru Kaefferkopf devra répondre aux conditions de production en termes de rendement et de densité de plantation définis pour l’AOC Grand Cru.

 

Si de nombreux vignerons se réjouissent de la consécration enfin obtenue, d’autres ne renoncent à aucune manœuvre pour compliquer encore la tâche du président ADAM. Toujours sous l’impulsion de Jean-Pierre KAPPLER, le 12 février 2007, c’est une trentaine de vignerons membres du syndicat viticole d’Ammerschwihr qui remet à son président une motion lui demandant ainsi qu’à son comité de « ne pas lancer une campagne de promotion pour le Grand Cru Kaefferkopf et de ne pas engager les finances du syndicat dans cette opération sans avoir préalablement consulté l’ensemble des membres lors d’une assemblée générale ».

 

Le 5 mars 2007, le Tribunal d’Instance de Colmar rejettera la demande du CVPCK et le condamnera aux dépens. Jean-Pierre KAPPLER ne s’estimera toutefois pas vaincu et exprimera son sentiment et ses intentions dans les pages des Dernières Nouvelles d’Alsace : « On nous a donné raison sur l’irrégularité de la procédure. Cela nous servira dans le cadre du recours que nous allons déposer dans les prochains jours auprès du Conseil d’Etat, afin de faire annuler le décret ministériel du 12 janvier portant reconnaissance du Grand Cru Kaefferkopf. L’essentiel c’est de gagner la dernière guerre ».

 

S’il est exact que dans ses attendus, la juge des référés a bien reconnu que « l’assemblée générale extraordinaire demandée par le tiers des membres des adhérents du syndicat viticole d’Ammerschwihr a été refusée sans motif légal », elle observe toutefois que l’INAO avait « pris en compte l’avis défavorable du collectif » lors d’une réunion précédant la décision finale. Pour Maître GILLIG, avocat du syndicat, les opposants au projet de délimitation du Kaefferkopf ont donc été purement et simplement déboutés. Pour Maître AGOSTINI, défenseur du collectif, se profile alors un autre combat en déposant le 13 mars une requête au fond devant le Conseil d’Etat visant l’annulation du décret portant sur la création du 51ème Grand Cru.

 

L’affrontement se poursuit lors de l’assemblée générale du syndicat viticole d’Ammerschwihr du mois de mai 2007. Les deux camps débattront pendant trois heures, chacun défendant avec virulence sa version du dossier Kaefferkopf. Bernard SCHREINER qui représente ce soir là le collectif est accompagné d’un huissier de justice chargé de constater l’absence de transmission des statuts du syndicat ainsi que de la liste de tous ses membres. Par cette action, le collectif souhaite apporter la preuve d’un recrutement massif mené par le Président ADAM, afin de renforcer ses positions. Certains lui reprochent même d’avoir soudoyé ces ralliements par des cadeaux et des promesses d’achat de raisins. Aucun élément probant ne sera cependant apporté pour accréditer ces allégations.

 

 

Le Kaefferkopf au Conseil d’Etat

 

Le 7 mai 2007, Jean-Pierre KAPPLER et soixante douze autres signataires adresseront au Greffe du Conseil d’Etat un recours en suspension contre le décret Kaefferkopf. Compte tenu de l’urgence puisque le nouveau décret est applicable au millésime 2007, les requérants, dont trente sept sont membres du Syndicat Viticole d’Ammerschwihr, s’insurgent des dommages personnels et du préjudice collectif immédiats engendrés par le texte.

 

Au titre des dommages personnels immédiats sont évoqués deux points. Le premier concerne le cépage Muscat qui désormais est interdit de commercialisation en monocépage dans le cadre de l’AOC Grand Cru Kaefferkopf et se retrouve voué aux seuls assemblages. Le second point concerne la nouvelle règle qui régit l’assemblage. Auparavant, elle imposait deux cépages dont obligatoirement le Riesling et le Gewurztraminer avec un minimum de 60% pour ce dernier, le complément restant au choix du viticulteur. L’entrée en vigueur des nouvelles règles impose pour certains des modifications d’encépagement qui induisent un coût pour l’arrachage et la mise en place de nouveaux cépages, mais également une perte d’exploitation puisqu’il faudra attendre au moins cinq ans avant de récolter à nouveau. La mise en application du décret aurait donc pour conséquences un manque à gagner et un risque évident de perdre une clientèle habituée à un type d’assemblage spécifique pour les vignerons concernés.

 

Au titre du préjudice collectif immédiat, est mis en avant l’incongruité résultant de la nouvelle délimitation de l’INAO qui d’une part exclut 15 hectares de la délimitation historique au titre d’une valeur estimée insuffisante alors que dans le même temps elle accorde à ces mêmes parcelles une dérogation de 25 ans. De ce fait, un consommateur peut légitimement estimer qu’il est trompé en achetant un produit qui provient de parcelles non-conformes puisque non retenues dans la nouvelle délimitation.

 

Le juge des référés du Conseil d’état fixera l’audience du recours en suspension le 4 juin 2007. Après examen du mémoire en défense présenté par le Ministère de l’Agriculture, il conclura au rejet de la requête en considérant que la condition d’urgence n’est pas remplie puisque « rien n’oblige les propriétaires de parcelles plantées en Muscat ou en Pinot Noir à arracher les ceps puisque ces raisins pouvant être assemblés avec d’autres cépages pour produire un vin bénéficiant de l’AOC, il leur est loisible, le cas échéant, de les céder à d’autres producteurs ou à des négociants ».

 

Le 19 novembre 2008, le Conseil d’Etat rejettera la demande en annulation du décret du 12 janvier 2007 mettant ainsi un point final au dossier juridique du 51ème Grand Cru mais aussi en laissant un village déchiré.

Par Oenophil - Publié dans : Chroniques
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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 18:45

 

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Nouvelle délimitation du Kaefferkopf. En bleu, les zones concernées par la tolérance de 25 ans.

 

1er juillet 2000, le Kaefferkopf perd son statut

 

Une nouvelle évolution de la législation française intervient, en vertu de l’article L 641-4 du code rural issu des lois n° 96-314 du 12 avril 1996 et n° 98-565 du 8 juillet 1998. Les appellations d’origine définies par voie judiciaire avant le 1er juillet 1990 deviennent alors caduques à compter du 1er juillet 2000. A cette date, le Kaefferkopf perd alors son statut d’appellation d’origine et ne bénéficie plus que d’une tolérance de la part de l’administration.

 

Le 24 février 2000, l’INAO prendra acte de la demande en AOC Kaefferkopf et le dossier sera monté au cours du mois de mars suivant avant d’être déposé le 3 mai 2001 à l’INAO.

 

Mais une fois de plus, l’instruction du projet n’avance pas et en décembre 2001, Maître PAULUS, avocat des vignerons, se retire dans des conditions étranges. Certains prétendront que c’est sous la pression du CRINAO que ce retrait soudain intervient, cependant aucune preuve avérée ne viendra accréditer cette thèse.

 

A cours de solution, Pierre DREYER étudiera l’éventualité du dépôt de la marque Kaefferkopf. Pour cela, il entrera en relation avec le Professeur Norbert OLSZAC de la Faculté de Strasbourg, spécialiste juridique du droit des appellations, qui l’aidera dans cette voie. La marque collective Kaefferkopf sera déposée sans toutefois apporter de solution à la problématique rencontrée.

 

 

Jean-Baptiste ADAM, artisan d’un dénouement controversé

 

Quant il est élu en 2002 à la présidence du Syndicat Viticole AVA d’Ammerschwihr (SVA), succédant ainsi à Pierre DREYER, Jean-Baptiste ADAM sait qu’il va lui falloir rassembler et faire preuve de doigté s’il veut obtenir le classement du Kaefferkopf. Après les hésitations des dernières années, il convient de faire un choix clair, de s’y tenir et de conduire le dossier avec fermeté.

 

Sa première action consiste alors à consulter ses collègues sur le choix entre appellation et Grand Cru. La décision est mise au vote lors d’une assemblée générale du syndicat. Malgré les opposants, surtout des vendeurs de vins en vrac, c’est la voie royale du classement en Grand Cru qui est retenue avec une courte majorité. Le récent décret du 24 janvier 2001 relatif à l’Appellation d’Origine Contrôlée Alsace Grand Cru, qui par les articles 7 et 13 renforce les prérogatives du comité régional d’experts et l’autorise à proposer, sur avis du syndicat de défense de l’appellation un plan d’encépagement pour chaque lieu-dit qui tienne compte des usages locaux, ouvre la voie à des exceptions dont vont bénéficier le Zotzenberg et l’Altenberg de Bergheim. Au Kaefferkopf de savoir en profiter pour inscrire sa particularité historique de l’assemblage.

 

Un nouveau dossier d’accession en Grand Cru est constitué, le troisième. Mais afin de l’étoffer, une étude géologique est confiée à Jean-Paul PARTY du bureau d’étude Sol Conseil. Le Kaefferkopf sera cartographié à raison d’un total de 140 observations à la tarière et de 25 profils de sols. Il en ressortira seize unités de sols et leurs variantes qui se décomposent en cinq grands ensembles sur matériaux d’origines diverses telles que : granitique, lœssique, gréseuse, calcaire et colluvio-alluviale. Cependant tous ces terrains sont calciques voire calcaires et saturés en calcium et magnésium quelque soit le substrat sous-jacent. Jean-Paul PARTY relèvera que cette particularité constituait bien la caractéristique principale du terroir et que celle-ci, reconnue empiriquement depuis longtemps, avait déjà été confirmée par les travaux de Henri ERHARDT sur lesquels Louis RIEDER s’était appuyé en 1932.

 

Les dernières statistiques de récolte et de commercialisation sont établies. Elles montrent que les 96 déclarants du millésime 2003 ont revendiqué 85% de la surface cadastrée de 67,81 hectares. La faible proportion de surface non revendiquée concerne des jeunes plantations ou des parcelles plantées des cépages non revendicables comme le Pinot Noir, le Sylvaner ou le Chasselas. Ces chiffres montrent le fort intérêt des vignerons pour leur terroir. La répartition de l’encépagement reste dominée par le Gewurztraminer qui représente 35,70 ha, les autres cépages occupant respectivement 18,10 ha pour le Riesling, 3,38 ha pour le Pinot Gris et 0,55 ha pour le Muscat.

 

L’enquête de commercialisation réalisée en février 2004 indique que 57 exploitants mettent en marché du Kaefferkopf. 40 d’entre eux sont d’Ammerschwihr, 17 autres appartiennent à des communes voisines. Une production moyenne de plus de 400.000 bouteilles est proposée chaque année à la vente. Elle se répartit pour moitié en Gewurztraminer, pour un quart en Riesling, l’assemblage historique représentant 75.000 bouteilles. Une partie des vins est également commercialisée avec les mentions vendanges tardives et sélection de grains nobles. Le prix de vente moyen du Kaefferkopf reste toujours plus élevé que celui de l’Alsace générique, cette valorisation représente selon les cépages une plus value de 21 à 43 %.

 

Dans l’objectif de pérenniser et de développer les acquis, le Syndicat Viticole d’Ammerschwihr propose à la commission d’enquête, au regard des pratiques actuelles, une utilisation de l’AOC Grand Cru Kaefferkopf pour les cépages Gewurztraminer, Riesling, Pinot Gris, utilisés seuls et en assemblage en observant les règles suivantes : Gewurztraminer de 60 à 90 % en surface, Riesling 10 à 40 %, les Muscat et le Pinot Gris étant utilisés comme cépages accessoires dans des proportions respectives de 10 et 30 % en surface. La sucrosité de l’assemblage devant être comprise entre 5 et 18 g/litre. Bien entendu les conditions de production en termes de rendement sont celles de l’AOC Alsace Grand Cru. Le syndicat indique également qu’il souhaite proposer une délimitation du terroir qui reprenne celle établie en 1932 par Louis RIEDER.

 

Déposé en 2004, le dossier sera soutenu par Gérard BOESCH, le nouveau président de l’AVA, qui fera son possible pour de le faire aboutir au plus vite. Le 27 avril 2004, l’INAO approuvera le principe d’accession du lieu-dit Kaefferkopf à l’AOC Alsace Grand Cru ainsi que ses conditions de productions spécifiques et nommera une commission d’experts chargée de sa délimitation.

 

Composée de Pierre BECHT et Pierre HEYDT-TRIMBACH, tous les deux membres du Comité d’Experts, Jean-Claude MENOT, géologue, Emile MEYER, ingénieur ITV en retraite et Christophe SCHNEIDER, ingénieur à l’INRA, avec pour secrétaire Frédéric BACH, directeur régional de l’INAO, la commission de délimitation recevra une lettre de mission dont le contenu a été acté par le CRINAO les 27 et 28 mai 2004. Elle charge les experts de proposer des critères de délimitation et un projet de délimitation parcellaire en vue d’une mise à l’enquête.

 

Les critères de délimitation parcellaire seront approuvés les 8 et 9 juin 2005. Ils définissent les types de sols et les expositions auxquels devront répondre les parcelles, à savoir :

 

 1 : Parcelles à sols bruns, acides sur substratum granitique ou gréseux, basiques sur  calcaires du Muschelkalk, sur marnes du Muschelkalk ou du Keuper et sur loess.

 

 2 : Parcelles ayant fait l’objet d’usages constants depuis 1932, ou parcelles ou ensembles de parcelles directement adjacents et de même nature que les parcelles ayant fait l’objet d’usages constants, en excluant dans tous les cas les parcelles :

   

a : de pente insignifiante

b : à sols hydromorphes

c : exposées plein Nord et subissant un important effet de masque

d : de fond de vallon étroit

e : subissant un important effet de masque dû notamment à la pente ou à l'environnement forestier

 

La commission d’experts remettra à l’INAO au mois de juin 2005 son rapport ainsi que le projet de délimitation. Celui-ci sera mis à l’enquête publique en mairie d’Ammerschwihr. Cependant la nouvelle délimitation qui exclut une partie importante de la délimitation historique fait de nombreux mécontents. Soixante six réclamations seront émises par des requérants puis examinées par la commission, elles concerneront 196 parcelles pour une surface de 25,92 hectares.

 

Pour répondre au vent de fronde qui ne cesse de s’amplifier, une réunion publique est organisée le 22 juin 2005 à la Maison des Vins d’Alsace à Colmar. Gérard BOESCH, Président de l’AVA, accompagné de son Directeur, Jean-Paul GOULBY, s’adressera au Syndicat Viticole d’Ammerschwihr (SVA) représenté par Jean-Baptiste ADAM, Jean-Léon SCHOECH, au Syndicat des Vignerons du Kaefferkopf (SVK) représenté par Léon HEITZMANN, Jean SCHAETZEL et Félix MEYER, et au Collectif des Vignerons, Propriétaires et Consommateurs du Kaefferkopf (CVPCK), tout juste créé et représenté par Bernard SCHNEIDER, Pierre MERCKLE et Maurice MEYER. Il proposera à cette occasion une tolérance d’utilisation de l’Appellation Kaefferkopf Grand Cru pour une durée de vingt ans pour les vignerons qui perdent de la surface par rapport à la délimitation de 1932.

 

Finalement, quarante huit réclamations pour une surface de 6,68 ha et 0,92 ares recevront un avis favorable. Ces surfaces s’ajouteront au projet initial de 66,89 ha pour former un ensemble de 71 hectares et 65 ares. Si la nouvelle délimitation est plus étendue que celle de 1932, elle exclut pourtant 15 hectares de cette dernière.

 

Bien entendu, s’il y a des gagnants, il y a aussi des perdants. Certains l’accepteront comme Jean-Baptiste ADAM qui pourtant laisse près d’un hectare dans l’affaire, mais d’autres qui s’estiment floués par la dévaluation de leur capital foncier et la perte du segment principal de leur offre commerciale, refusent la nouvelle délimitation et ce en dépit de l’offre du président de l’AVA qui dans un esprit d’apaisement propose de porter à 25 ans la tolérance d’utilisation.

 

La scission entre les pros et les opposants à la délimitation s’amplifie au village. Ainsi, pendant que Bernard RUHLMANN, qui se qualifie de « Petit Vigneron », exprime dans une lettre ouverte à ses collègues sa satisfaction sans modération pour l’AOC Grand Cru Kaefferkopf et leurs rappelle cette phrase extraite du livre de cave de Jérôme REIBEL : « La délimitation de 1932 avait soulevé un tollé général dans la profession. Elle n’a fait ses preuves que bien plus tard, ses plus grands détracteurs en ont profité largement. », d’autres s’organisent pour faire échouer la reconnaissance du Grand Cru dans les conditions retenues.

 

Jean-Pierre KAPPLER, vigneron à Ammerschwihr, fondateur du Collectif des Vignerons, Propriétaires et Consommateurs du Kaefferkopf (CVPCK) adresse alors à Jean-Baptiste ADAM, Président du Syndicat Viticole, un courrier dans lequel il revendique au nom du collectif : « La reconnaissance du droit de vote pour tous les membres propriétaires et exploitants afin de décider de l’avenir du Kaefferkopf parmi les Grands Crus. ». Il demande également : « Que les membres du collectif soient inscrits sur la future liste électorale » au même titre que ceux du S V K et des membres du S V A.

 

L’objet statutaire du CVPCK est « l’organisation, la défense, le devoir de mener toute action visant à sauvegarder les intérêts économiques et sociaux des membres et plus spécialement toutes les questions se rapportant à la délimitation et réglementation du Kaefferkopf ». Au travers de ce collectif Jean-Pierre KAPPLER souhaite principalement faire échec à tout projet de délimitation autre que celui de 1932. Il demandera à ses membres de s’inscrire au Syndicat viticole AVA d’Ammerschwihr afin de faire opposition au président en place et le mettre en minorité.

 

Dans le même temps, le CVPCK confie à Maître Christian MULLER, Bâtonnier du Barreau de Colmar, la charge de défendre les intérêts du collectif dans le cadre de la redélimitation du Kaefferkopf et d’obliger le Syndicat Viticole de prendre en compte les voix de ses membres dans les décisions à venir. Le combat judiciaire est lancé.

 

Par Oenophil - Publié dans : Chroniques
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 08:19

 

Plan-Kaefferkopf-1932.JPG

Délimitation judiciaire de 1932 du Kaefferkopf

 

Pierre DREYER aux commandes

 

En 1995, alors que Pierre DREYER est élu à la Présidence du Syndicat Viticole d’Ammerschwihr, la demande de classement en Appellation Contrôlée est au point mort. Réuni au début du mois de mai en présence de Monsieur FANET, le CRINAO s’interroge sur la question récurrente de l’opportunité de la création de cette appellation spécifique pour le Kaefferkopf. Beaucoup considèrent qu’il serait mal venu de remettre en cause la hiérarchie des appellations, et certains même comme Jean HUGEL, affirment qu’elle risquerait de nuire à l’ensemble des appellations alsaciennes.

 

Une réunion de travail entre l’AVA et le SVA aura lieu quelques jours plus tard, car Raymond BALTENWECK, le Président de l’AVA, s’est donné le mois de septembre 1995 comme date butoir pour aboutir à un projet cohérent. Il en ressortira un consensus sur les usages, la notoriété du Kaefferkopf et sur le principe de faire valoir la spécificité du cru dans la compétence de l’ordonnance du 2 novembre 1945, puis de procéder à sa délimitation par une commission régionale. Le SVA sera chargé de proposer des règles de production prenant en compte les cépages et leur utilisation en assemblage, ainsi que les degrés minimums, le rendement et les dates des vendanges.

 

Le service juridique de l’INAO consulté sur la possibilité de création d’une Appellation Contrôlée Kaefferkopf dans le cadre des AOC Alsace apportera par courrier une réponse positive, tout en soulignant à nouveau l’obligation de procéder à une nouvelle délimitation qui n’a pas obligation de respecter l’ancienne.

 

Tout semble se passer pour le mieux jusqu’à l’Assemblée Générale du CRINAO du 20 mars 1996 au cours de laquelle l’AVA, par la voix de son président, fait part de son refus de la création de l’AOC particulière Kaefferkopf à côté des AOC Alsace, laissant ainsi les vignerons d’Ammerschwihr dépités et déçus par ce revirement.

 

Pierre DREYER et Jean ADAM s’adressent alors par courrier à Monsieur QUIOT, Président du Comité Vins de l’INAO. Ils lui font part de leur déception de constater que le dossier Kaefferkopf est une fois de plus bloqué et de leur décision de créer un Syndicat de Défense du Kaefferkopf qui se chargera de le porter.

 

Le Syndicat de Défense du Kaefferkopf (SDK) verra le jour le 24 octobre 1996. Son comité est composé de Pierre DREYER, Léon HEITZMANN, François THOMAS, Jean-Baptiste ADAM, Jean-Léon SCHOECH, Jean-Marc SIMONIS, Clément TEMPE, Félix MEYER et Martin RUHLMANN. Jean-Paul GOULBY, Directeur de l’AVA, proposera à la section de défense du Kaefferkopf de fonctionner au sein de l’AVA sur un mode identique à ceux de l’appellation Grand Cru, des vendanges tardives et sélection de grains nobles et du Klevener d’Heiligenstein. Malgré les récentes dissensions avec l’AVA, le comité acceptera l’offre qui lui est faite.

 

Le 15 novembre 1996, sur les conseils de Gérard BARBIER, Responsable Régional de la Répression des Fraudes, c’est sur le terrain purement judiciaire que sera portée l’affaire. Dans un courrier adressé au Président de l’INAO, le SDK demandera l’application de l’article 21 du décret loi du 30 juillet 1935 dont les dispositions n’ont pas été retenues lorsque les vins d’Alsace ont accédé au rang des appellations contrôlées le 3 octobre 1962. En effet, ce texte toujours en vigueur précise que « feront l’objet de cette réglementation les appellations régionales, sous régionales et communales existant au moment de la promulgation de la présente loi, et qui auront fait l’objet d’une délimitation judiciaire passée en force de chose jugée ainsi que celles qui, par leurs qualité et leur notoriété seront considérées par le Comité National comme méritant d’être classées parmi les appellations contrôlées ».

 

Signé par Raymond BALTENWECK, Pierre DREYER et Jean ADAM, un des derniers paragraphes du courrier laissera même planer la menace de porter l’affaire devant la juridiction compétente si une réponse dans les délais règlementaire n’était pas faite.

 

La réponse viendra le 15 janvier 1997. Il sera alors demandé au SDK de prendre contact avec Jules TOURMEAU, Chef de Région des services locaux de l’INAO, afin de présenter un dossier de demande de reconnaissance en AOC lors d’un prochain Comité National.

 

 Un avant projet de décret qui reprend les conditions de production et l’obligation de lier cette appellation à l’appellation Alsace est alors rédigé en février 1997. Il est transmis dans un premier temps au Comité régional de l’INAO le 19 mars 1997 puis à l’INAO dont le Comité National des 22 et 23 mai 1997 actera la décision du Syndicat d’Ammerschwihr de renoncer à la reconnaissance en Grand Cru qui et désignera une commission d’enquête pour examiner la reconnaissance en AOC Kaefferkopf d’Ammerschwihr.

 

La commission d’enquête présidée par Jean-Claude BOUSQUET et composée de Messieurs DURUP, CHIRON, PALY et COULY-DUTHEIL. Elle retiendra quatre hypothèses de travail juridiquement possibles :

 

-          L’accession à l’Appellation Grand Cru

-          L’accession en AOC particulière avec repli en AOC Alsace

-          L’accession en AOC hors du texte de l’ordonnance de 1945

-          L’accession à une dénomination complémentaire de l’AOC Alsace, pouvant préfigurer les dénominations géographiques futures.

 

La commission se rendra à Ammerschwihr les 29 et 30 janvier 1998 pour y effectuer sa mission. Ses conclusions qui parviendront le 9 février 1998 seront inattendues : « Parmi les différentes hypothèses envisagées pour le traitement de ce dossier, celle qui est privilégiée par les vignerons d’Ammerschwihr risque d’avoir des conséquences sur la hiérarchisation et la cohérence des AOC viticoles alsaciennes si le Kaefferkopf est reconnu en tant qu’AOC à part entière avec un décret de contrôle spécifique et la possibilité de repli en AOC Alsace. La commission estime que de nombreuses autres demandes de reconnaissance du même type risquent de voir le jour dans un avenir plus ou moins proche ».

 

La déception est grande et les vignerons d’Ammerschwihr auront le sentiment d’avoir été floués par l’AVA qui se désolidarisera in extrémis du projet, en refusant le principe de l’éclatement de la gestion des différentes appellations. D’autre part, comme le fera remarquer amèrement Pierre DREYER, les conclusions la commission ne relevaient pas de sa compétence puisque son rôle était uniquement de dire si oui ou non le Kaefferkopf pouvait revendiquer, conformément à la loi, une AOC particulière.

 

A compter de cet épisode, les relations sont rompues entre les vignerons d’Ammerschwihr, l’AVA et le CRINAO, et ces derniers ne seront plus conviés aux réunions du syndicat viticole local.

 

Déçus mais pas découragés, les membres du Syndicat viticole décideront le 26 janvier 1999 par vote lors d’une assemblée générale, de reprendre la voie de la reconnaissance en appellation Grand Cru avec toutefois deux pré requis : le respect de la délimitation judiciaire de 1932 et la possibilité de procéder à l’assemblage historique.

 

Mais la traditionnelle Foire aux Vins d’Ammerschwihr du mois d’avril 1999 marquera un peu plus encore la scission entre l’AVA et les vignerons locaux quand Raymond BALTENWECK, Président de l’AVA, déclarera au cours de son propos qu’il avait mandat de préciser de la part du vice-président de l’INAO, Jean-Claude BOUSQUET, « que l’institut n’est pas un supermarché où l’on achète ce qui plait, mais le gardien des principes et des valeurs de l’AOC en France » et « que reformuler la demande sur le même périmètre qu’antérieurement n’a aucune chance d’aboutir dans le cadre des Grands Crus ». Pourtant moins d’un an auparavant, Raymond BALTENWECK avait assuré dans un courrier adressé au syndicat viticole local daté du 7 juillet 1998, qu’il s’engageait à défendre la délimitation historique dans le cadre d’une demande d’accession en Grand Cru.

 

Le 17 mai 1999 au cours de l’assemblée générale du SVA, les membres du syndicat revenant sur leur position prise en début d’année, se déterminent à bulletin secret pour une reconnaissance du Kaefferkopf en Appellation particulière. Quelques temps auparavant, le 9 mars 1999, les vignerons d’Ammerschwihr ont constitué, une nouvelle fois sur les conseils de Gérard BARBIER, un Syndicat des Vignerons du Kaefferkopf (SVK) qui a pour mission d’être en rapport direct avec l’INAO et le CRINAO. L’intérêt de ce nouveau syndicat résidant dans son indépendance vis-à-vis de l’AVA, ce qui n’était pas le cas du SVA ni du SDK. D’autre part, en mesure de rétorsion vis-à-vis de l’AVA, les vignerons d’Ammerschwihr refuseront de payer leurs cotisation au syndicat

 

Une demande d’accession en AOC particulière sera déposée le 26 mai 1999 par le SVK directement auprès des services de l’INAO, sans en informer l’AVA. Sans réponse, un courrier de relance suivra le 6 septembre 1999 et le 1er octobre suivant, l’INAO proposera alors le choix entre les quatre possibilités qui avaient été évoquées par la commission BOUSQUET. Entre temps, l’AVA qui jusque là avait été écartée de cette dernière demande réclamera au SVK une copie du dossier ainsi qu’une copie des statuts du syndicat nouvellement créé. Le 31 décembre 1999, les vignerons d’Ammerschwihr feront connaître leur choix qui s’orientera vers une AOC particulière avec repli en AOC Alsace.

 

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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 20:45

 

Kaefferkopf-2.jpg 

 

Grand Cru ou AOC ?

 

Informés au début des années 1980 de modifications imminentes de la législation des appellations, les vignerons d’Ammerschwihr comprennent alors qu’il devient urgent de conforter le statut de leur cru sous peine de le voir se fondre anonymement dans l’AOC Alsace.

 

Deux opportunités se présentent alors : soit choisir la voie d’une Appellation d’Origine Contrôlée dite particulière, à créer parallèlement à l’AOC Alsace, ou bien celle de l’Appellation d’Origine Contrôlée Grand Cru qui vient de voir le jour en 1975. La seconde opportunité est tentante, cependant la commission DUCELLIER qui examine alors les demandes d’accession en Grand Cru, ne semble pas disposée à déroger au décret initial qui ne prévoit pas le cas de l’assemblage des cépages, tel qu’il est pratiqué historiquement dans la localité. De plus, la restriction sur les rendements est mal acceptée par les vignerons qui ne comprennent pas l’intérêt de produire moins alors que le vin se vend bien. Le choix s’oriente alors vers la création d’une Appellation Contrôlée dite particulière dont il convient préalablement de vérifier juridiquement la possibilité de sa création. Les réponses des juristes seront claires et confirmeront la latitude du Comité d’Experts des Vins d’Alsace à proposer à l’INAO la création d’une appellation intermédiaire qui devra toutefois faire l’objet d’une nouvelle délimitation conformément au règlement communautaire du 5 février 1979.

 

Parallèlement au dossier Kaefferkopf, l’évolution de la législation française se poursuit. Le 16 novembre 1984, les deux systèmes issus des lois de 1919 et 1984 (loi n° 84-1008) sont fondus en un seul et le pouvoir réglementaire, celui de l’INAO, se voit attribuer la capacité de modifier une décision judiciaire devenue définitive. Le statut d’appellation du Kaefferkopf s’en retrouve ainsi fragilisé.

 

Une première demande de classement en appellation particulière est alors adressée le 20 juin 1985 au CRINAO (Comité Régional de l’INAO) par le syndicat viticole d’Ammerschwihr présidé alors par Joseph HEITZMANN. Le projet exclut toute modification de la délimitation de 1932, mais propose des conditions de production plus sévères que celles de l’AOC Alsace. Sans réponse du comité, un courrier de relance suivra le 27 novembre 1985. Le silence du CRINAO révèle l’embarras dans lequel le plonge la création de cette nouvelle appellation non prévue dans la hiérarchie des vins d’Alsace. D’autre part, la position du syndicat qui refuse toute remise en cause de la délimitation historique, conduit le dossier dans une impasse génératrice de tension entre le syndicat viticole, le CRINAO et l’AVA.

 

 

Jean ADAM choisit la voie du Grand Cru

 

En 1987, Jean ADAM succède à Joseph HEITZMANN à la présidence du Syndicat viticole d’Ammerschwihr (SVA). Issu d’une famille présente dans le village depuis 1614, il est le descendant d’une longue lignée de vignerons, de gourmets et de négociants. Membre du CRINAO, il possède une très bonne connaissance du dossier et des rouages parfois complexes des instances viticoles tant régionales que nationales. C’est à son initiative que la première demande de classement en Grand Cru sera adressée au CRINAO le 16 décembre 1988. La commission d’enquête des Grands Crus d’Alsace examinera le dossier et rendra ses conclusions dans un rapport présenté au Comité National les 21 et 22 février 1990. La délimitation sera alors confiée à une commission composée de Messieurs FEUILLAT, KUEN, LENEUF, MUHLBERGER, RITZENTHALER et SORG, la même qui officia pour les autres Grands Crus alsaciens.

 

Les experts se rendront à Ammerschwihr les 5 et 6 mars et le 3 avril 1991. D’emblée, la commission relèvera que la délimitation historique a été faite selon des critères très différents de ceux applicables aux Grands Crus et constatera qu’elle inclut des zones géologiques hétérogènes et des coteaux d’expositions diverses. Ce constat n’a rien de surprenant puisque Louis RIEDER avait à l’époque basé principalement sa délimitation sur des critères d’usage et de présence de cépages nobles, très éloignés de ceux, plus techniques, pris en compte par l’actuelle commission.

 

D’une part, Monsieur LENEUF, professeur de géologie à l’Université de Dijon, soutiendra que contrairement aux affirmations de Louis RIEDER, qui s’était appuyé sur l’étude géologique et pédologique de Henri ERHARDT, les sols ne se caractérisent pas par une forte teneur en chaux mais sont au contraire de type siliceux. D’autre part, la commission de délimitation choisira d’explorer l’ensemble du terroir d’Ammerschwihr afin d’y retenir les sites au potentiel qualitatif maximal. Dans la mesure où la parcelle cadastrée Kaefferkopf qui constitue la référence du cru, ne montre pas une unité géologique parfaite puisque une petite partie est calcaire alors que sa dominante est granitique, la commission admettra une certaine variabilité du sol pourvu que les conditions topographiques et hydrologiques restent optimales. Seront ainsi éliminés de la délimitation historique les pentes exposées au Nord, Nord-Est, les zones à plat, les parcelles enclavées dans les bois et induisant un microclimat frais ainsi que les zones subissant l’influence froide des vallées rentrant dans le massif. Certaines parcelles ayant été l’objet de remblais seront également écartées.

 

La commission rendra son rapport le 8 avril 1991. Dans ce dernier seront retenues finalement quatre zones disjointes qui correspondent aux quatre versants Sud à Sud-Est du ban d’Ammerschwihr. Si les deux îlots Sud étaient déjà compris dans la délimitation initiale, les ilots Nord en sont en grande partie extérieurs.

 

La nouvelle délimitation est supérieure en surface à la précédente, mais elle exclut les trois quarts de l’ancienne superficie. La réaction des vignerons d’Ammerschwihr ne se fait pas attendre par la voix de Pierre DREYER qui dans une lettre ouverte juge le travail de la commission « lamentable et irresponsable » et poursuit par ces mots très durs : « C’est de la provocation. Ce projet n’est que jalousie, haine et intolérance ou l’expression d’une incompétence coupable ».

 

La commission de délimitation se réunira à nouveau le 15 juillet 1991 afin de réexaminer le projet refusé par le syndicat viticole d’Ammerschwihr. Elle restera toutefois sur ses positions dans son rapport complémentaire et réitérera ses remarques et conclusions dans la mesure où « l’application d’un traitement particulier au Kaefferkopf serait de nature à remettre en cause la délimitation des 50 autres Grands Crus.

 

Maintenant, le torchon brûle entre les vignerons d’Ammerschwihr et l’AVA à qui ils reprochent de ne pas les soutenir. Raymond BALTENWECK, président de l’Association des Viticulteurs d’Alsace, s’en défendra dans un courrier adressé à Jean ADAM, où il dira sa stupéfaction d’avoir lu dans la presse locale du 5 mars 1992, sous la rubrique Ammerschwihr – Assemblée du Syndicat Viticole – Kaefferkopf, la phrase suivante : « Paris étant d’accord, les difficultés viennent de l’AVA ». Il réitérera alors son total soutien au classement du Kaefferkopf, rappelant au passage que ce terroir aurait pu être le premier Grand Cru classé à la place du Schlossberg mais « que les vignerons d’Ammerschwihr n’avaient pas voulu servir de cobayes ». 

 

Lors de la traditionnelle Foire aux Vins du Printemps 1992, Jean ADAM lance un cri d’alarme et insiste auprès de l’AVA pour qu’une solution soit trouvée. Raymond BALTENWECK écrit alors au Ministre de l’Agriculture Louis MERMAZ afin qu’il nomme un médiateur. La réponse viendra quelques mois plus tard par son chef de cabinet qui renvoie le dossier au comité national de l’INAO. Ce dernier dépêchera son directeur Jacques FANET à Colmar. Celui-ci décidera de revoir la délimitation.

 

Mais un an plus tard, à la Foire au Vins 1993, le dossier n’a pas beaucoup avancé. Raymond BALTENWECK proposera alors la solution du Premier Cru, qui est inscrite dans la hiérarchie viticole alsacienne et devrait voir le jour maintenant que les deux séries de Grands Crus sont en place. Cependant au mois de juillet suivant, le Syndicat Viticole d’Ammerschwihr s’oriente vers une Appellation Alsace Kaefferkopf contrôlée suivie du nom du cépage, avec possibilité d’assemblage. On ne parle alors plus d’appellation particulière.

 

En décembre 1993, Monsieur FANET est de retour en Alsace. Il émet quelques remarques désagréables à l’intention de la commission qui a procédé à la délimitation et lui demande de revoir la copie remise deux ans plus tôt. Les mêmes membres, à l’exception de Monsieur KUEN, se pencheront à nouveau sur le Kaefferkopf. Le rapport sera remis le 27 juin 1994 par son président Jean RITZENTHALER. Une nouvelle fois la commission relèvera l’hétérogénéité de la délimitation de 1932 tant sur le plan de l’exposition que sur celui de la composition du sol et du sous sol en s’appuyant sur une étude des sols menée en 1967 par Robert MAROCKE, de l’INRA de Colmar, dans le cadre d’un remembrement qui n’a jamais abouti. Sensible au poids des usages qui ont contribués à la notoriété du Kaefferkopf, mais soucieuse de respecter les règles techniques qui ont conduit à la délimitation des Grands Crus, la commission proposera une nouvelle délimitation composée de 6 îlots disjoints d’une surface totale d’environ 64 hectares, dont seulement 33 sont issus du jugement de 1932.

 

Jean ADAM proposera à ses collègues la nouvelle délimitation accompagnée du tracé de la délimitation de 1932 et de la proposition de 1991. Mais le nouveau tracé qui ne retient que 40% de la délimitation initiale exclut une partie des vignerons qui a contribué au renom du Kaefferkopf. Ainsi, alors qu’on supprime à certains un courant d’affaires, d’autres voient du jour au lendemain leurs vignes doubler de valeur. La proposition sera mise au vote et c’est sans surprise qu’elle sera rejetée par 63 des 66 votants.

 

Le Syndicat Viticole d’Ammerschwihr décidera également de renoncer au classement en Grand Cru et postulera pour un classement en Appellation Kaefferkopf d’Ammerschwihr Contrôlée. La demande sera transmise à Madame RUAULT-NIMSGERN, Chef de Centre INAO de Colmar, avec les spécifications souhaitées en termes de rendement : 65 hl/ha, d’encépagement : Riesling, Gewurztraminer, Pinot Gris, avec possibilité d’assemblage à condition que le Gewurztraminer représente au minimum 70%. Le SVA proposera en outre que les vins soient d’abord agréés en AOC Alsace et que l’agrément en AOC Kaefferkopf soit organisé par le syndicat local sous contrôle de l’INAO.

 

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Mardi 17 avril 2012 2 17 /04 /Avr /2012 20:34

 

Kaefferkopf-1.jpg

 

 

On imagine avec quel soulagement Jean-Baptiste ADAM a dû accueillir le 12 janvier 2007 la nouvelle de l’accession en Grand Cru du lieu-dit Kaefferkopf. Cinq ans après son élection à la présidence du syndicat viticole d’Ammerschwihr, il réussit là où tant d’autres avant lui s’étaient essayés et offre la consécration au célèbre terroir qui n’avait plus de statut depuis le 1er juillet 2000.

 

Cependant, sa satisfaction d’avoir fait aboutir ce délicat dossier fut certainement de courte durée car il se retrouva immédiatement confronté à de nouveaux rebondissements qui l’amenèrent à devoir défendre les positions de son syndicat devant les plus hautes instances judiciaires.

 

Commencée au début des années 1930, la reconnaissance règlementaire du Kaefferkopf connut tant de rebondissements et provoqué tant de déchirements que l’on peut légitimement la qualifier de saga viticole.

 

 

Première délimitation judiciaire en Alsace

 

La notoriété du Kaefferkopf est établie depuis fort longtemps, puisque ce terroir déjà cité dans le cadastre de l’abbaye de Pairis en 1328, puis mentionné à de nombreuses reprises au cours des siècles qui suivirent, a toujours été reconnu comme une zone de production viticole qualitative. Ainsi, pendant la période dite du Reichsland, alors que la viticulture alsacienne s’orientait vers une production de masse sans réelle qualité, le Kaefferkopf est resté réservé aux cépages gentils en opposition aux vignobles de plaine qui étaient plantés de cépages communs tels le Burger, le Chasselas ou le Petit Raüschling.

 

En précurseurs, après le retour à la France de 1918, les vignerons d’Ammerschwihr soucieux de la réputation de leur patrimoine, prirent des mesures pour assurer la qualité et protéger la notoriété de leurs vins, tout particulièrement de ceux issus du Kaefferkopf, qui se vendaient bien plus chers que ceux des communes voisines. Francis LICHTLE, Chef du service des Archives de Colmar et natif d’Ammerschwihr, relève ainsi que par décision du Conseil Municipal en date du 17 septembre 1929, il a été décidé de favoriser le développement des cépages nobles. Les élus demandèrent alors aux vignerons de commercialiser sous la dénomination de Vin d’Ammerschwihr les crus du ban communal à l’exception de ceux issus d’hybrides et du cépage Trollinger qui ne pouvaient prétendre qu’à la dénomination Vin d’Alsace. Ils recommandèrent d’autre part de faire les déclarations de récolte et de commercialisation sous cette désignation. La dénomination Kaeferkopf, que l’on orthographiait généralement avec un seul F, restait réservée quant à elle aux vins issus des cépages Riesling, Traminer, Pinot et Muscat qui provenaient du lieu-dit Kaefferkopf et de douze autres lieux-dits adjacents. Ces cépages étaient le plus souvent assemblés comme le voulait la tradition locale.

 

Mais ce n’est que quelques années plus tard à l’initiative de Joseph DREYER, directeur de l’école d’Ammerschwihr, que le Kaefferkopf gagnera son titre d’appellation. Informé par la circulaire ministérielle du 15 juin 1922 adressée aux Préfets et relative aux délimitations judiciaires, ce dernier proposera au syndicat viticole d’Ammerschwihr de profiter de la possibilité qui lui est donnée de faire délimiter et protéger judiciairement son fleuron. Ainsi en vertu de l’article 10 de la loi du 6 mai 1919 complété par les dispositions de l’article 3 de la loi du 22 juillet 1927 qui confie la délimitation des zones d’appellation aux tribunaux administratifs, une plainte sera déposée le 6 mai 1931 contre deux vignerons d’un village voisin revendiquant à tort ce terroir. Le 13 mai suivant, le Tribunal d’Instance de Colmar désignera Louis RIEDER, Inspecteur général du service de la répression des fraudes, comme expert chargé de délimiter le périmètre du Kaefferkopf.

 

Dans son rapport argumenté rendu au Tribunal le 24 octobre 1931, Louis RIEDER, reviendra longuement sur l’expression « appellation d’origine », puis sur la situation particulière de la viticulture alsacienne sous le régime allemand et après l’armistice, et enfin sur l’application de la loi au cas du Kaefferkopf. Il conclura son exposé en émettant l’avis que la demande du syndicat viticole d’Ammerschwihr lui paraissait justifiée et que l’appellation d’origine Kaefferkopf remplissait bien les conditions spécifiées dans la loi, à compter du moment où les vins qui en étaient issus répondaient aux conditions suivantes :

 

-        Provenir de la parcelle cadastrée Kaefferkopf ou des 12 parcelles attenantes cadastrées sous les noms de Katzelberg, Krettenrück, Hebsack, Froehn, Hahnen, Pfulben, Meywihr, Stichreben, Hinterkirch, Griess, Hasengrab, Purberg. La particularité de ces parcelles résidant dans la composition du sous sol qui renferme une teneur en chaux relativement élevée qui « communique un goût de terroir et augmente le degré alcoolique ».

 

-         Être issus des vieux cépages alsaciens Pinot, Traminer, Riesling et Muscat qui répondent à des usages locaux, loyaux et constants.

 

Le Tribunal de Grande Instance de Colmar reconnaîtra par jugement en date du 24 février 1932 le travail d’expertise de Louis RIEDER et condamnera les défendeurs aux frais et dépens.

 

Le Kaefferkopf devient alors une appellation, sa surface est de 62 hectares 85 ares. Il est le premier terroir délimité judiciairement en Alsace. Le second sera le Sonnenglanz suivant un processus identique en 1935.

 

Le Kaefferkopf, vin d’assemblage, se vend alors très bien, sa distribution en bouteille est assurée par les négociants locaux ADAM, KUEHN et SCHOECH dans la restauration alsacienne et par l’importante maison JUX-JACOBERT de Colmar dans les autres départements français, grâce son solide réseau commercial. Sa notoriété est bien établie et sa qualité reconnue.

 

Mais le 30 juillet 1935, en raison de la multiplication du nombre d’appellations d’origine, un décret loi crée la notion d’Appellation d’Origine Contrôlée et en confie la gestion à un comité qui deviendra l’INAO. On aurait pu craindre que le nouvel organisme ne remette en cause les délimitations judiciaires antérieures à sa création. Il n’en est rien puisque l’article 21 du décret interdit au comité de les réviser et ne l’autorise à intervenir que sur l’encépagement et les procédés d’obtention du produit.

 

En 1958 le statut d’appellation du Kaefferkopf sera encore renforcé par un accord international sur la protection des appellations d’origine dit « Arrangement de Lisbonne », puis dans le cadre d’accords bilatéraux franco-allemand de protection d’appellation d’origine en 1960. Les vignerons d’Ammerschwihr ont alors pleine confiance dans l’avenir de leur appellation. Mais en 1962, quand l’Appellation d’Origine Contrôlée Alsace est crée, le Kaefferkopf semble avoir été oublié. Fort de son statut de première appellation alsacienne et de sa notoriété bien établie, il ne s’en soucie guère. Il en sera de même quelques années plus tard lorsque l’important décret du 30 juin 1971 qui modernise la viticulture alsacienne, ignore le cas du célèbre cru d’Ammerschwihr alors qu’il annonce l’exception à venir avec la création de l’Appellation d’Origine Contrôlée Alsace Klevener de Heiligenstein.

 

Par Oenophil - Publié dans : Chroniques
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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 09:50

 

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Je profite de ce premier billet de l’année pour revenir sur le millésime 2011 après avoir fait quelques tours de caves.

 

Une fois de plus nous avons affaire à un millésime atypique avec une météo originale qui se caractérise par un régime hydrique inversé. De décembre à mi-février les sols très froids ont été recouverts par une couche de neige persistante. Puis est arrivé sans tarder un printemps sec et chaud avec des températures très estivales. La floraison précoce s’est déroulée dans un contexte favorable qui laissait entrevoir une récolte importante qui compenserait la faible production du millésime précédent. Mais les mois de juillet et d'août ont été pluvieux et les précipitations sur les sols chauds ont provoqué l’apparition de foyers de pourriture surtout dans les vignes mal équilibrées où les rendements étaient trop importants.

 

En raison de la sécheresse printanière, les vignerons ont été peu sollicités par la pression de l'oïdium et du mildiou dans les vignes, contrairement à l’année passée, mais les premières craintes sont venues avec les pluies chaudes de l’été qui ont activé tardivement l’azote emagasiné par les sols et donné un dangereux coup d’accélérateur à la maturation des fruits et lessivé les pruines des raisins. Les insectes très nombreux se sont aussi attaqués aux baies et ont provoqué des piqûres acétiques qui ont rendu nécessaire un tri attentif lors de la vendange.

 

Fort heureusement l'arrière saison a été plus propice avec un retour à un temps sec et ensoleillé.

 

Une fois en cave, les fermentations alcooliques ont démarré spontanément et très rapidement pour s’arrêter dans certains cas après avoir transformé une centaine de grammes de sucres. Les fermentations malolactiques se sont également enclenchées sans tarder, parfois même avant que tous les sucres ne soient transformés.

 

En cave, les jus puis les vins se sont bien goûtés avec des acidités franches mais sans excés et un fruit mûr. Bien qu'il soit encore tôt, on peut définir non pas un mais deux profils pour les vins de ce millésime selon qu'ils ont été récoltés avant ou après le changement de lune du mois de septembre. Les seconds présentant un côté chaleureux qui fait penser à 2009 sans toutefois être aussi marqué.

 

Il faudra bien entendu attendre le printemps pour que les fermentations s'achèvent, sutout chez ceux qui n'utilisent pas d'intrant, et se faire une juste opinion de ce millésime qui reste tout de même délicat.

 

 

 

 

Par Oenophil - Publié dans : Chroniques
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